L'imperfection est partout : c'est une source inaltérable pour la création, la fiction.
La preuve en est encore donnée par l'excellent roman d'Henning Mankell : Les chaussures italiennes.
Prenez Fredrik Welin, un « misanthrope » de 66 ans, vivant reclus sur un îlot de la Baltique, avec pour seule compagnie un chat, un chien, et pour unique visiteur, un facteur hypocondriaque qui l'insupporte. Le portrait est peu amène et l'on peut craindre le pire lorsqu'on connaît la noirceur à laquelle nous confronte régulièrement Henning Mankell, ce maître incontesté du roman policier. Mais ici point de crime, de tueur, d'enquêteur..., l'auteur a laissé de côté le polar pour lancer son personnage dans un long voyage introspectif et initiatique.
Les chaussures italiennes, c'est en effet le roman du re-commencement : celui d'un homme qui a souvent fui, qui a fait en sorte que ses désirs, ses peurs, ses sentiments, se figent quotidiennement dans un bain d'eau glacée, et qui dans le dernier tiers de son existence, ne peut plus échapper aux traces (heureuses et malheureuses) qu'il a lâchement abandonnées derrière lui. Il est rattrapé par une femme, Harriet, son amour de jeunesse. Et comme un bouleversement n'arrive jamais seul, d'autres personnages féminins prennent le relais de celle-ci pour ramener cet homme - aussi communément imparfait - du côté des vivants.
Voici pour l'entrée en matière :
«Je me sens toujours plus seul quand il fait froid.
Le froid de l'autre côté de la vitre me rappelle celui qui émane de mon propre corps. Je suis assailli des deux côtés. Mais je lutte, contre le froid et contre la solitude. C'est pourquoi je creuse un trou dans la glace chaque matin. Si quelqu'un, posté sur les eaux gelées avec des jumelles, me voyait faire, il me prendrait pour un fou. Il croirait que je prépare ma mort. Un homme nu dans le froid glacial, une hache à la main, en train de creuser un trou?! »
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