Mardi 24 novembre 2009

        

        Je referme Tendre est la nuit et j’apprends qu’une sorte de Biopic sur la relation tumultueuse du couple Fitzgerald devrait être tourné. Le film, d’abord annoncé sous la direction de Nick Cassavetes serait finalement dirigé par John Curran, sous le titre du second roman de Francis Scott F., Beautiful and Damned.

         Tout a été dit ou presque sur ce duo mythique des années folles : jeunes, beaux, riches, Francis et Zelda incarnèrent le parfum sulfureux de la modernité. Expatriés de la Génération perdue, ils marquèrent les esprits par leurs frasques amoureuses, leur train de vie fastueux sur la Riviera française, l’alcoolisme de l’un, la schizophrénie de l’autre.

         Leur destin fascine comme fascine toute vie comprise comme un flamboiement permanent. Jusqu’à l’extinction tragique et prématurée, tout concourt à faire de Scott et Zelda des icônes.

         Cette dernière remporte cependant une victoire posthume. Fantasque et haute en couleurs, Zelda a sans doute brîmé sa sensibilité d’auteur, sous l’empire d’un mari-écrivain,  jaloux et autoritaire. Elle n’aura finalement publié qu’un livre en son nom : Accordez-moi cette valse (1932).

         Pourtant cette première « garçonne américaine », figure avant-gardiste du féminisme, trouve aujourd’hui matière à « revivre ». Le prix Goncourt 2007 a récompensé Gilles Leroy pour Alabama Song, roman dans lequel l’auteur s’est glissé dans la peau de Zelda, ses joies excessives et ses tourments impénétrables. On devrait aussi la retrouver bientôt sur les écrans, incarnée par l’actrice britannique Keira Kneightley.

         Pourtant, ce n’est pas rendre justice au bourreau de mari que de penser que le meilleur portrait de Zelda a été tracé par Francis Scott Fitzgerald lui-même, sous les traits de Nicole Diver, dans Tendre est la nuit (1934).

         Le roman, très fin dans sa composition et son jeu sur les points de vue, rend habilement compte de la complexité du personnage et de la construction maladive du lien amoureux.

         On ne peut le résumer sans le trahir : sa rareté tient surtout à la subtile profondeur psychologique qui s’en dégage. Roman des apparences trompeuses et des songes perdus, roman de l’expatriation continue et des intersaisons douloureuses, Tendre est la nuit est aussi une déclaration d’amour, unique et fragile, à une femme qui finit par devenir elle-même.

 

Le titre, aussi énigmatique que splendide, est un emprunt à un poème de John Keats, Ode à un rossignol, placé en exergue du roman :

Avec toi, maintenant ! Combien tendre est la nuit

(…)

Mais il n’y a plus de lumière

Sinon ce qui descend du ciel avec le vent

Pénètre l’ombre des feuillages

Et serpente à travers les chemins de mousse.

Par Maude - Publié dans : Littérature - Communauté : Interlignes
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Vendredi 20 novembre 2009



     Kriss est morte. Et ce sont tous ses beaux dimanches qui partent avec elle.

     Elle s’appelait Corinne Gorse, mais ça, je viens juste de l’apprendre. Kriss, c’était une voix, un peu haute, un peu niaise au premier abord et puis si légère et profonde finalement, si près de l’autre, auditeur et invité. Une voix de France Inter où elle avait débuté dès l’âge de 20 ans.

     La radio est ce lieu du magique. Je ne connaissais pas Corinne Gorse et pourtant Kriss était comme une amie, une sœur. De celles qui savent écouter et dire les mots qu’il faut, sans juger, sans jalouser, en apportant juste ce supplément de gaieté qui rend les jours de Novembre plus lumineux.

     C’est absurde d’être touchée par la disparition de quelqu’un qu’on ne connaissait pas ? Je ne crois pas. Il faut rendre hommage aux passeurs, à ceux qui ouvrent les portes, favorisent des rencontres, nourrissent les autres de leurs propres découvertes. Ils offrent le meilleur de leur propre vie, une part du dessert pour l’ici et maintenant.

     Les crumbles de demain, tenteront de maintenir ce cap, en terre des délices.

 

Par Maude - Publié dans : (Im)perfection - Communauté : Interlignes
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Lundi 16 novembre 2009


Les enfants rêvent

A la surface du lait.

L’esprit posé

Sur la peau parcheminée

Prisonnière d’un bol,

Abîmés dans les dégradés

Mouvants

Des poudres chocolatées.

Ils laissent vivre

Les fantômes mousseux

Les pirates  mines noires,

Les fées facétieuses.

Mais sursautent

Sous le rappel frondeur

D’un parent pressé,

Esquissent un sourire,

Diablotins

Dans leur barbe brune,

Leurs moustaches sucrées.

Et d’un revers de bouche

Annulent les mirages

Aux empreintes liquides

Des clairs matins de brume.

Par Maude - Publié dans : Confiture - Communauté : Interlignes
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Mardi 3 novembre 2009


Toc, Toc, toc, on frappe à ma porte

Une jolie frimousse à boucles

Me lance un regard cendré

Et grimace – coupable-

Sa petite bouche Charlotte aux fraises

Entre deux joues rebondies

Roses -poupée Candy -.

 

Elle a trainé ses menottes dans les boîtes pailletées

les tubes colorés,

les palettes de fée ;

Posé son pied menu dans de larges pantoufles de vair,

Déroulé foulards couleur d’hiver,

Et gants tapis d’automne,

Ouvert les boîtes à bijoux

Et les tiroirs à tout.

 

Elle chante : « je vais me marier 

Dans un tutu de tulle étoilé »,

Cherche en vain les robes volantées

Les diadèmes constellés ;

Voudrait voir venir son père

Et faire partir sa mère

Pour jouer l’épousée.

 

Maman rectifie la touche rimmel,

Le dégradé mordoré,

suggère des monts coco,

Des rivières chocolatées

Et emmène sa dépitée

Déguster

Des caramels mous,

Des roudoudous,

Et des pains perdus.

Par Maude - Publié dans : Confiture - Communauté : Interlignes
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Mercredi 28 octobre 2009
  
    Je ne m’étais jusque là pas fait d’avis sur l’écrivain Nicolas Fargues. Je m’amusais juste de voir ce jeune premier honorer les plateaux télés de sa mine littéraire. Pourquoi d’ailleurs inviter des auteurs vieux et moches quand on a un éventail assez conséquent de gueules d’amours intronisées par les cercles les plus influents ??!!
    Pour aller au bout de la confession, j’ajouterai que je m’amusais à établir des parentés physionomiques entre la mâchoire de l’un et le dégradé capillaire de l’autre, à établir une sorte de portrait type de l’auteur masculin à succès. Et à la manière des torchons people, je jouais aux recompositions portraitistes : prenez un Raphaël Enthoven, mélangez-le à un Florian Zeller et vous obtiendrez : un Nicolas Fargues !
    Débile ? Je l’admets sans peine. Je ne vole pas toujours haut mais je suis constamment prête à faire vaciller mes préjugés.
    Voilà donc que dans les rayons dépeuplés de ma bibliothèque de quartier, ma main tombe sur Beau rôle, l’avant dernier roman du bel auteur. Bonne joueuse, j’admets que le titre s’assoit assez ironiquement sur mes jeux puérils. La quatrième offre en outre un condensé alléchant en jouant sur l’ambiguïté de la petite annonce :
Jeune premier plus si jeune ayant connu succès public au cinéma cherche rôle aux côtés actrice célèbre. Présente signe particulier mais demande être jugé sur pièce. Metteurs en scène franco-français s’abstenir.
    Je me lance dans la lecture de l’ouvrage avec l’âme de la plus innocente lectrice.
    Malheur ! Les cinquante première pages me laissent de marbre : ouais, sympa, mais pas de quoi en faire un fromage… Je ne trouve ni souffle, ni style particulier. La construction narrative semble sans surprise.
    C’est juger un peu vite. L’intelligence du roman, la ruse du romancier se révèlent justement au seuil de la cinquante et unième page. Et c’est parce que ces cinquante premières pages semblent anodines, banales dans la forme et le fond que le portrait d’Antoine, jeune comédien de trente-cinq ans se révèle fin, acide et incroyablement honnête.
    La quatrième offre implicitement le mordant de l’histoire : Antoine est beau et un peu célèbre grâce au succès de son dernier film White stuff. Il est plutôt arrogant, méprisant (surtout avec la clique enseignante) et il entend coucher avec toutes les filles qu’il croise.      
    Mais il est aussi son envers : peu sûr de lui, terrorisé à l’idée de vieillir, abandonné par la femme qu’il aime. Il a peur de ne pas être à la hauteur de l’image qu’il donne aux autres, il interroge sans cesse sa différence - celle que je ne révèlerai pas et qui fonde la profondeur du livre-. Il porte un regard lucide sur le monde qui l’entoure mais s’arrange fort bien de la cruauté de celui-ci et s’en tire toujours avec le beau rôle.
    « Pour moi, la littérature est indissociable de l’honnêteté. » a déclaré Nicolas Fargues. Et son roman sert bien cette profession de foi. Ce portrait est d’une honnêteté absolue ; il ne fait pas l’impasse sur les petites faiblesses, les bassesses quotidiennes. Et il n’a pas non plus de complaisance pour les tourments, les drames, la monstruosité du Moi. Toutes ces choses qu’on peut reprocher aux romans (que j’adore néanmoins) d’Emmanuel Carrère.
    Le résultat est très actuel dans les problématiques traitées et dans l’écriture dénuée de tout effet, de tout artifice, collant impeccablement aux personnages.
   Le dépouillement recherché est propre à faire tomber les masques, à rompre les faux-semblants. Il met à mal ce jeu des apparences qui fait les beaux jours de la comédie sociale et auquel nous (moi la première) sommes toujours prêts à succomber.
Par Maude - Publié dans : Littérature - Communauté : Interlignes
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Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
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  • : culture littérature Cinéma Ecriture Société Littérature
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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