Mardi 3 novembre 2009


Toc, Toc, toc, on frappe à ma porte

Une jolie frimousse à boucles

Me lance un regard cendré

Et grimace – coupable-

Sa petite bouche Charlotte aux fraises

Entre deux joues rebondies

Roses -poupée Candy -.

 

Elle a trainé ses menottes dans les boîtes pailletées

les tubes colorés,

les palettes de fée ;

Posé son pied menu dans de larges pantoufles de vair,

Déroulé foulards couleur d’hiver,

Et gants tapis d’automne,

Ouvert les boîtes à bijoux

Et les tiroirs à tout.

 

Elle chante : « je vais me marier 

Dans un tutu de tulle étoilé »,

Cherche en vain les robes volantées

Les diadèmes constellés ;

Voudrait voir venir son père

Et faire partir sa mère

Pour jouer l’épousée.

 

Maman rectifie la touche rimmel,

Le dégradé mordoré,

suggère des monts coco,

Des rivières chocolatées

Et emmène sa dépitée

Déguster

Des caramels mous,

Des roudoudous,

Et des pains perdus.

Par Maude - Publié dans : Confiture - Communauté : Interlignes
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Mercredi 28 octobre 2009
  
    Je ne m’étais jusque là pas fait d’avis sur l’écrivain Nicolas Fargues. Je m’amusais juste de voir ce jeune premier honorer les plateaux télés de sa mine littéraire. Pourquoi d’ailleurs inviter des auteurs vieux et moches quand on a un éventail assez conséquent de gueules d’amours intronisées par les cercles les plus influents ??!!
    Pour aller au bout de la confession, j’ajouterai que je m’amusais à établir des parentés physionomiques entre la mâchoire de l’un et le dégradé capillaire de l’autre, à établir une sorte de portrait type de l’auteur masculin à succès. Et à la manière des torchons people, je jouais aux recompositions portraitistes : prenez un Raphaël Enthoven, mélangez-le à un Florian Zeller et vous obtiendrez : un Nicolas Fargues !
    Débile ? Je l’admets sans peine. Je ne vole pas toujours haut mais je suis constamment prête à faire vaciller mes préjugés.
    Voilà donc que dans les rayons dépeuplés de ma bibliothèque de quartier, ma main tombe sur Beau rôle, l’avant dernier roman du bel auteur. Bonne joueuse, j’admets que le titre s’assoit assez ironiquement sur mes jeux puérils. La quatrième offre en outre un condensé alléchant en jouant sur l’ambiguïté de la petite annonce :
Jeune premier plus si jeune ayant connu succès public au cinéma cherche rôle aux côtés actrice célèbre. Présente signe particulier mais demande être jugé sur pièce. Metteurs en scène franco-français s’abstenir.
    Je me lance dans la lecture de l’ouvrage avec l’âme de la plus innocente lectrice.
    Malheur ! Les cinquante première pages me laissent de marbre : ouais, sympa, mais pas de quoi en faire un fromage… Je ne trouve ni souffle, ni style particulier. La construction narrative semble sans surprise.
    C’est juger un peu vite. L’intelligence du roman, la ruse du romancier se révèlent justement au seuil de la cinquante et unième page. Et c’est parce que ces cinquante premières pages semblent anodines, banales dans la forme et le fond que le portrait d’Antoine, jeune comédien de trente-cinq ans se révèle fin, acide et incroyablement honnête.
    La quatrième offre implicitement le mordant de l’histoire : Antoine est beau et un peu célèbre grâce au succès de son dernier film White stuff. Il est plutôt arrogant, méprisant (surtout avec la clique enseignante) et il entend coucher avec toutes les filles qu’il croise.      
    Mais il est aussi son envers : peu sûr de lui, terrorisé à l’idée de vieillir, abandonné par la femme qu’il aime. Il a peur de ne pas être à la hauteur de l’image qu’il donne aux autres, il interroge sans cesse sa différence - celle que je ne révèlerai pas et qui fonde la profondeur du livre-. Il porte un regard lucide sur le monde qui l’entoure mais s’arrange fort bien de la cruauté de celui-ci et s’en tire toujours avec le beau rôle.
    « Pour moi, la littérature est indissociable de l’honnêteté. » a déclaré Nicolas Fargues. Et son roman sert bien cette profession de foi. Ce portrait est d’une honnêteté absolue ; il ne fait pas l’impasse sur les petites faiblesses, les bassesses quotidiennes. Et il n’a pas non plus de complaisance pour les tourments, les drames, la monstruosité du Moi. Toutes ces choses qu’on peut reprocher aux romans (que j’adore néanmoins) d’Emmanuel Carrère.
    Le résultat est très actuel dans les problématiques traitées et dans l’écriture dénuée de tout effet, de tout artifice, collant impeccablement aux personnages.
   Le dépouillement recherché est propre à faire tomber les masques, à rompre les faux-semblants. Il met à mal ce jeu des apparences qui fait les beaux jours de la comédie sociale et auquel nous (moi la première) sommes toujours prêts à succomber.
Par Maude - Publié dans : Littérature - Communauté : Interlignes
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Mardi 20 octobre 2009

        

         On reparle de Sagan grâce à la douce pugnacité de son fils unique, Denis Westhoff. Il a courageusement accepté l’héritage financièrement désastreux de sa mère et l’aide à refaire surface, à exister de nouveau dans les rayonnages des librairies.

         Ses titres en avaient en effet été exclus. Démodée, disaient les éditeurs.

         Il faut dire qu’elle avait tellement peu programmé, compté, anticipé sur le demain et l’après.  Aucune stratégie. Aucun plan de carrière. Des lignes et des lignes écrites dans un fauteuil, sur un lit, un cahier sur les genoux. « Ecrire est la seule vérification que j’ai de moi-même.» Pour le reste…

         Et pourtant qui ne connaît pas l’histoire ?

         Un mince roman la propulse à 17 ans starlette littéraire et lui assure une notoriété mondiale sous un pseudo emprunté à Proust.

         Elle décolle et elle dérange. On la taxe de futilité et même – aux yeux d’un Mauriac- d’immoralité. Elle est trop jeune. Trop libérée. Un peu en avance sur l’Histoire. Le scandale de la publication de Bonjour Tristesse en 1954 devance la révolution de mai de 14 années !

         Elle est son époque : festive et mélancolique, gaie et désabusée. Epoque de balancement entre deux styles de vie, deux Ecoles : l’élégance bourgeoise et la vie de bohème.

         Elle est la route, le déplacement, le mouvement. Elle adule la vitesse, risque sa vie au volant de luxueux bolides, y laisse une partie de son corps et une addiction aux drogues.

         Elle devient au fil du temps une caricature mais s’amuse de son personnage public, maniant l’autodérision avec une finesse, un style et une intelligence qui forcent le respect.

         Elle n’empêche pas pourtant l’alignement des chiffres : des millions de livres vendus, des titres traduits en 15 langues, des gains de jeu mais aussi des pertes, des dettes, des dettes et encore des dettes qui la laissent exsangue.

         Elle meurt ruinée malgré une célébrité non démentie à travers le monde entier.         

          Partout à l’étranger elle représente un certain goût français qui a certes  à voir avec la Haute Couture et les nourritures terrestres mais aussi avec les mots, une plume qui associe un beau classicisme à une ironie mordante.

         Aujourd’hui, elle fascine de nouveau en France. Elle redevient "tendance". Pourquoi?

         Peut-être parce qu’on l’assimile à tout ce que notre époque prohibe : l’alcool à outrance, la vitesse excessive, la drogue et la dépense. Tout ce que Sagan résumait d’un trait : « Il est plus urgent de vivre que de compter. »

         Le choix de Jean-Marc Roberts, patron de Stock, de rééditer Toxique pour « relancer » Sagan a sans doute un lien marketing avec cet air du temps. C’est une manière  habile de la faire rejoindre les icônes paradoxales de notre époque.

         Qui n'est pas avide de ces destins à la risque tout ?  On intime au citoyen une vie saine, version cinq fruits et légumes par jour. On lui refuse la clope dans les lieux publics. On lui recommande toute forme d’abstinence.

         Alors dans ses nuits les plus folles, il rêve de mener « une vie de patachon ». A  coups de presse people, il se gave des excès de quelques unes : une Kate Moss sniffeuse de coke, un Pete Doherty version poète maudit, une Amy Winehouse en Rehab à perpète… Jusqu’à une certaine Britney, elle aussi, définitivement accro au Toxic.


       Mais il faut lire ce Toxique de Françoise Sagan justement pour comprendre pourquoi s'exerce aujourd'hui cet attrait pour les excés, les dérives des autres.

       Et si ce n'était qu'un biais pour évoquer la mort dans une civilisation où elle est définitivement tabou? Si c'était l'unique manière de révèler cette inommable angoisse ? De dire la peur de la déchéance du corps dans une société acculée au jeunisme?

        D'interroger la vie en quelque sorte, cette "horrible plaisanterie".

 

 

Par Maude - Publié dans : Littérature - Communauté : Interlignes
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Lundi 19 octobre 2009


         C’est sur une autre côte que mon rivage normand que se déroule l’intrigue de Mères et filles, le dernier film de la jeune réalisatrice Julia Lopes-Curval.

         Pourtant ce décor de station balnéaire désuète m’est très familier. Sa mélancolie lancinante, ses fastes d’un autre temps fascinent les éternelles rêveuses passionnées de passé.

         Et ainsi arrive Audrey, la Fille, le passé en poche (délicate et subtile Marina Hands). Elle est la fille unique d’une femme raide et froide (Deneuve). Une fille qui cherche à comprendre, dont toute l’énergie est employée à ça : comprendre.

          Qui est sa mère ? Une énigme. Alors elle cherche plus loin, plus haut dans la lignée. Qui était sa grand-mère (Marie-Josée Croze) ? Une femme au foyer élégante qui abandonna définitivement mari et enfants?

         Audrey a cette fureur du savoir parce qu’elle ne peut choisir d’être telle ou telle en avançant dans les brumes de cette histoire de femmes. Car c’est encore et toujours une histoire de femmes imparfaites que raconte ici la réalisatrice. Elle évoque des prisonnières de ce balancement éternel : devenir mère ou faire autre chose, être autre chose.

         La réalisation est pleine de nuances et juxtapose de manière fine les trois regards, ces trois époques, ces trois modes de vie. Julia Lopes Curval semble à cet égard avoir choisi l’angle des arts ménagers comme si la cuisine pouvait condenser les bonheurs et leurs contraires : les mets préparés pour ceux qu’on aime bien sûr mais aussi le design ménager, ces beaux objets rutilants qui devaient libérer la femme de l’esclavage domestique…

         La cuisine symbolise ici l’enfermement continu dans l’impossible choix : être du dedans (mère, épouse, femme de la maison) ou être du dehors (salariée, libérée, adultère peut-être…).

         La distribution spatiale est en ce sens assez efficace. Car la fille est de trois lieux : la cuisine, la chambre, la plage. Mais aucun ne l’y retient complètement. Question d’époque.

         Et pourtant, cette liberté nécessaire est aussi sa souffrance : elle n’appartient pas à un lieu – elle est d’ailleurs étrangère - elle n’est redevable de personne. Elle n’est pas attachée. Si ce n’est à ce fantôme d’une femme disparue.

         Elle finit par comprendre, par savoir ce qui est arrivé à Louise, sa grand-mère. La réalisatrice aurait d’ailleurs pu faire l’économie de ce dénouement trop explicite.

         Peu importe finalement pour le spectateur que le mystère soit levé, seul compte le cheminement d’une femme prise dans les rets du  passé, flottant dans des vêtements trop grands pour elle. Une femme qui ausculte les variétés de gris et de bleus des ciels de bords de mer.

Par Maude - Publié dans : Cinéma - Communauté : Interlignes
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Vendredi 9 octobre 2009

    

     Je viens de retirer mon article consacré au récent essai littéraire d’Alain Finkielkraut parce que je ne peux supporter d’être associée à certains des propos qu’il a tenus ce matin  sur France Inter.

     Cela n’a évidemment aucune incidence sur les débats en cours, sur la folie, l’emballement médiatique autour de la Vie sexuelle de Roman P. et de Frédéric M.

     Je défends la libre expression artistique et la dimension fictionnelle de tout récit autobiographique : composition, recomposition complexe d’une trame existentielle qui mêle l’imaginaire, le fantasme et le réel.

     Je condamne les amalgames, les récupérations plus que douteuses de ceux qui érigent les communautés les unes contre les autres et qui font leur chou gras de la vie intime - entre autres sexuelle - de leurs victimes.

     Cependant, parce que je suis une femme et parce que j’ai été une gamine de treize ans, déjà appétissante aux yeux de certains hommes, les  propos d'AF me choquent.

     Il me semble nécessaire de rappeler – et peut-être précisément de  rappeler  aux hommes -  qu’à treize ans, on est encore une petite fille.

      Même si on joue le jeu de la licence pornographique tellement tendance, en testant le string et le balconnet pigeonnant. Justement parce qu’on apprend ce que c’est que la féminité, la séduction, la sexualité et que sur ce chemin de l’apprentissage, l’innocence est souvent inversement proportionnelle à la nudité affichée.

     Je veux rappeler aussi qu’un viol – c’est-à-dire une relation sexuelle non consentie - reste un viol quelles que soient les circonstances atténuantes qu’on veuille y accrocher.

     Un tel délit doit être puni et doit entrainer réparation.

     Car qui sait combien de temps une fille paie le prix personnel de ce geste terrible ?

Par Maude - Publié dans : (Im)perfection - Communauté : Interlignes
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Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
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  • : culture littérature Cinéma Ecriture Société Littérature
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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