Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Recherche

Commentaires Récents

Lundi 26 novembre 2007
petit-jardin.JPGDerrière la fenêtre de mon bloc de béton, une petite maison dans un jardin abandonné.

Dans la maison, une forme protégée par le contre-jour ; une vieille femme attend que ce jour passe, assise dans son fauteuil.

Ce matin, elle a tiré ses volets, elle a décroché la blouse de nylon gris suspendue à la porte de la remise et elle est descendue faire le tour de son carré de terre.

C'est l'hiver. Le sol est jonché de feuilles ; les chemins que dessinait autrefois le potager tracé au cordeau sont invisibles au profane mais la vieille dame a la mémoire des lignes.

Elle pose ses pieds dans les traces d’un passé à jamais gravé dans sa mémoire.

Elle marche dans sa vie, entre les défunts plans de fraises et de muguets.

Elle se baisse pour remettre sur pied un tuteur. Son geste est lent et sûr. Sa main a conservé  toute sa verdeur ; elle connaît le goût de la terre, sa porosité humide, son exhalaison pénétrante.

Elle sait, la vielle dame, que le petit tour fini, la journée n'aura plus de sens car tout est là désormais, dans les quelques mètres carrés qui  restent autour de la maison.

Car ces quelques mètres carrés sont tout le monde d'André. André qui n'est plus, depuis vingt ans déjà.

Les hommes de la vielle femme sont tous partis.

La terre les lui a repris.

 

Son père d’abord, happé par le Chemin des Dames ; sa mère ne manquait jamais de le lui répéter, chaque jour que Dieu faisait : le maudit chemin des Dames, petite !

Malgré tous les honneurs rendus au défunt, elle avait toujours lu l’infamie de cette mort, la trahison qui se dessinait derrière ces trois mots : Chemin des Dames. Qui étaient-elles ces créatures dotées du pouvoir d’anéantir les hommes en si peu de temps ?

Elle revoit les lis blancs bordant l’allée centrale du jardin d’antan, les droites lignes piétinées par l’enfant de sept ans qui ne supporte plus ce mensonge éclatant : le chemin des lis blancs.

Son fils ensuite, le fringant Marcel que l’aventure appelait ; le beau Marcel à la mèche gominée, au sourire d’un Mariano du nord ; le cher Marcel qui rêvait d’autres terres et qui avait choisi la mer.

N’y avait-il pas là plus cinglante trahison ? Son fils au départ de Cherbourg !

Elle ne l’aura jamais vu le fier Marcel saluant du bastingage.

Juste quelques cartes postales ; la dernière remontait à 1959, il lui disait son désir de jeter l’ancre, de mettre pied à terre, par delà la Méditerranée : en Algérie.

Elle avait maudit les païennes qui l’avaient ensorcelé son Marcel.

Elle repense aux œillets labourés ; cette marée bleue au centre du jardin qu’il avait planté enfant, aidé de ses soins à elle,  elle la mère donatrice, la terre matrice,  la mère abandonnée. Rancune. Terre brûlée.

Il n’y eut jamais plus de place pour les œillets.

 

Seul André était resté ; son homme au pas traînant, son André au pied bot, André Dubiveau employé à l’entretien des parterres municipaux.

Un amoureux des fleurs, un passionné du pétale, cultivant ses lilas, pivoines et autres pensées avec un soin exclusif.

André qui, chaque soir venu, couvrait son petit monde de graminées d’un regard enchanté et protecteur ; André qui, par un beau matin, avait fait sa valise et n’était plus réapparu.

Elle se souvenait de chaque minute de ce jour ; c’était un mardi de marché ; elle l’avait quitté, panier au bras, sur le coup de huit heures ; il arrosait ses plans d’azalées.

Elle n’avait rien perçu qui puisse augurer un changement dans leur paisible quotidien.

Elle avait cinquante-huit ans ; lui, soixante-deux ; leur fils avait fait sa vie loin d’eux, pour son bonheur et peut-être pour le leur, et leur fille, la gentille petite Nadine, était secrétaire et depuis peu mariée à son patron, un veuf de vingt ans son aîné, un homme du bâtiment ; ils étaient tous deux sans enfant.

Et pourtant, c’était ainsi. André était parti.

Il avait emporté ses papiers, quelques photos, la boite de « Fines galettes de Quimper » contenant leurs quelques économies et il avait laissé, sur le coin de la table à l’immuable toile cirée rouge et blanche, ce mot tracé d’une main vacillante : « Je vais rejoindre ma fleur des îles. Adieu. »

 

Elle se souvient de l’éclat du jardin en ce début de mai prometteur.

Elle revoit le tapis des cinéraires, la masse des roses trémières, l’envol des campanules et des dahlias et elle revit cette marée noire qui la submerge et qui ravage l’enclos polychrome.

Elle entend le bruit de ces sabots vengeurs meurtrissant les frêles corolles, anéantissant les ambitions de croissance : elle libère sa haine du végétal ; ses jupes noires se tachent des déflagrations du pistil - la palette d’une meurtrière.

Rien ne résiste à sa folie ravageuse car rien ne doit rester de ces fleurs du mal qu’une pourriture qui régénèrera la terre ; une terre vierge, une vie neuve.

 

Autour, nul ne s’étonne de sa réaction de femme mais que penser du départ d’André, lui si timide, si maladroit sorti de son univers de plates-bandes ; le pauvre André au pied bot dont tous les chenapans se sont un jour moqué, comment aurait-il pu quitter la ville sans être vu ?

 

Le temps passe ; elle continue de vivre, presque toujours seule ; les mauvaises langues lui prêtent une amourette née un jour de galette des Rois à la réunion mensuelle du Troisième-Age ; l’heureux élu serait Marcellin, l’ancien maréchal-ferrant, un chaud lapin en sa jeunesse !

 

Du jardin, il ne reste plus rien. Une terre vierge, plane. Rien ne semble avoir le droit d’y pousser. Pas une mauvaise herbe ne vient égayer les allées.

Elle veille à ce que rien ne vive sur ces quelques mètres carrés.

La terre lui a tout pris ; elle le lui rend bien ; elle prend tout à la terre.

Mieux encore, elle cultive une farce : une rangée de tuteurs qui soutiennent du vide. La simple vue de ces tuteurs réamorce en elle la force d’arracher les tentatives de survie du végétal.

Mais peu à peu cette force la quitte ; en quelques mois, elle s’affaiblit tant qu’elle ne quitte presque plus le fauteuil que sa fille lui a « télé-acheté » - une merveille de confort, une promesse de plaisir instantané - annonçait le télé-vendeur.

Chaque jour cependant, elle ouvre encore le volet de la fenêtre donnant sur le jardin.

Chaque jour, elle fait quelques pas dans ses allées, arrache çà et là quelques herbes, promène son regard sur les immeubles qui encerclent désormais la terre d’André, des blocs de béton percés de petites fenêtres abritant des dizaines de bienheureux : des êtres sans jardin !

Puis elle va se rasseoir, presque aussi apaisée qu’épuisée car elle est bien vengée : que restera-t-il, après elle, du carré d’André ?

 

 

Derrière la fenêtre de mon bloc de béton, la petite maison dans le jardin ;  la vieille dame n’a pas tiré ses volets depuis des jours. Rien ne bouge. C’est l’image que je me fais de la mort.

Sur le coup de onze heures, un couple arrive : elle, quarante-cinq ans, fait des allées et venues de la maison à leur véhicule ; lui, soixante-cinq ans arpente le terrain, mesure, évalue.

Le fils ou peut-être la fille de la vieille dame, sont venus faire l’état des lieux.

Les obsèques ont dû déjà avoir lieu.

J’ai comme un serrement au cœur. C’est l’idée que je me fais de la mort.

 

Quelques jours plus tard, des machines pénètrent sur ce qui reste pour moi la maison de la vieille dame.

Ils font tomber la maison, puis l’appentis au fond du jardin. Le voilà le vrai plan de la mort.

 

Le mouvement s’accélère. Un architecte est dépêché sur place et deux mois après, une équipe de maçons vient entamer les fondations de ce qui deviendra un petit immeuble d’habitation. Je ne peux me détacher de cette image. Ils se mettent à creuser. Il fait chaud.

Soudain l’un d’entre eux fait signe aux autres d’approcher.

De la terre profanée par les machines, de la terre endeuillée par la perte des êtres chers, il extrait une liasse de vieux papiers soigneusement enveloppés, quelques photos, une boîte de « Fines galettes de Quimper » rouillée, deux vieux godillots et  un grand sac en toile de jute.

Les vestiges de la mort.

 

Elle s’était bien vengée de son grand amour des azalées,  la femme de l’André.

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Vendredi 23 novembre 2007

Ultime assertion du « retour du monde », assertion qui –je dois l’avouer- en a inquiété plus d’un et plus d’une (n’est-ce pas Elena ?) :

 

J’ai rencontré un homme dans le métro

Aimé cette pause dans le mouvement.

 

Vous avez été intrigués par ces lignes énigmatiques… Alors feuilletez l’album Rencontre…
IMGP1876.JPG

 

Une rencontre.

Comment raconter une rencontre ? 
Ou plutôt toutes les rencontres. L’universalité de l’attraction terrestre, de la reconnaissance instantanée.

Comment dire la rumeur confuse de l’avant, le mouvement absurde, linéaire du quotidien, et l’indifférence, l’ennui parfois.

Et puis soudain, cette vibration imperceptible de l’air, ce basculement de l’existence, cette extension du temps, cette présence au monde qui est aussi absence à la réalité.

Et encore, l’évanouissement de la pensée, l’embrasement du corps, l’émiettement, la dissolution et ce que cela suppose de contraire : l’unité, l’harmonie, le sens dans le non-sens.

Les vieilles métaphores ne sauraient s’user. Mais la langue, les mots ne peuvent venir à bout de ce qui dépasse toutes les rhétoriques amoureuses : la vibration de l’âme, le sursaut du corps se débattant avec les éléments.

La rencontre qui fait quitter terre, qui fait manquer d’air, qui vous rend pareille à l’eau et au feu. Décomposée et recomposée ; recomptée – en un instant - au nombre des vivants.

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Biffures chroniques
ajouter un commentaire commentaires (11)    recommander
Jeudi 15 novembre 2007

H--l--ne-GRimaud.jpg

"Je n'aime pas être entourée de trop de gens. Ce qu'on dit est banal...
Et la vie est trop courte pour qu'on en reste aux banalités."
Hélène Grimaud.
Pianiste, reconnue pous son talent à l'énergie sauvage, 
connue pour sa passion des loups et son regard husky.
Elle interprète actuellement le
"Concerto pour piano n°5" de Beethoven.

Pour ou contre? Que pensez-vous de sa réflexion?

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Biffures chroniques
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Lundi 12 novembre 2007

Vertigo.jpgAu nombre des développements ultérieurs promis, nous comptons d'abord l'assertion suivante :

J'ai vu ma voisine de 70 ans, nue, dans sa salle de bain.



Beautés éternelles

Une rue déserte, plongée dans la nuit, 
Une succession de volets clos et de portes muettes, docilement alignés, 
Pas un passant, pas d’autre bruit que la monotonie du vent.

Et puis soudain,
Un carré de lumière,
La douce carnation d’une peau,
Un chatoiement de courbes.

Madame entre dans la salle de bain,

Vue et fenêtre sur rue.

Ecran blanc dans la nuit noire :

Instant cinématographique par excellence, minute photogénique.

 

Madame est Nue,

Non pas dévêtue,

Mais assumant un nu volontaire,

Revendicatif et artiste.

Elle se choisit

Transparente derrière le verre opaque ;

Charnelle sous un chignon impeccable d’héroïne hitchcockienne.

 

Elle est impudique et digne dans son dévoilement,

Belle surtout, Belle de jour, en dépit du temps,

Juste un peu floue,

A la manière d'une Bardot de Match d’aujourd’hui :
Contours estompés,

Rides gommées, affaissements maîtrisés

Et fausse blondeur assumée.

Elle s’offre au regard, impudique face à son miroir.
Fidèle chaque soir.

Epiphanie orgueilleuse d’un mari consentant ?

Plaisir solitaire ? Heure de vérité ?

 

Charme intemporel d’un corps féminin,

Eloge de la vie qui court encore,

Et qui invite à la tendresse,

D’une femme encore jeune,

Pour une Dame  de 70 ans.

 

Une Dame. Une vraie.

Courtoise, elle a de la conversation et invite aux mots choisis.

Elégante, elle maîtrise le fard et le rouge, le mélange des couleurs et l’équilibre de la silhouette.

Disciplinée, elle travaille sa démarche, son maintien, la blancheur de son sourire.

Elle consent, fidèle à son image, à ce travail à plein temps de la beauté.

Star du quotidien,

Prisonnière

Des têtes qu’elle fait encore tourner,

Elle connaît ses classiques

Quand tu seras bien vieille le soir à la chandelle…

Et repousse les limites.

La beauté n’a pas d’âge, dit-on,

Mais on rangerait celle-ci dans le troisième.

Et je l’observe avec un regard attendri

Car elle est ma voisine, ma mère, ma sœur, une autre moi-même,

Celle de demain.

Mon futur imparfait.

 

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Sur l'étagère de mon mur
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Vendredi 9 novembre 2007

IMGP1535.JPGMe voici de retour après une échappée dont il me faudrait vous narrer toutes les subtilités, mais j’aurais besoin d’un peu plus que les quelques bouts de journée dévolus à ces pages pour vous dresser autre chose qu’un inventaire.

A défaut de cet autre chose – pour le moment en tous cas – voici donc l’inventaire (j’ajouterais volontiers en aparté que j’adore ces inventaires, toutes ces listes déjà avalées et que j’aurais peut-être dû conserver comme les photos-jalons qu’on range dans des albums, témoignages de celui ou de celle que l’on a été et que l’on a oublié, ignoré parfois ; des listes pour ranger sa vie à sa guise et pour retenir le meilleur et le moins bon : petites rubriques des plaisirs, colonnes d’horreurs ou bourrasques de désillusions.

Des listes : les efficaces, les incongrues, les poétiques, les fanatiques ; la liste offre au quotidien un acte de création, d’association irrésistible – une petite porte ouverte sur le rêve, le sens floué des choses – ) Un inventaire disais-je donc, censé justifier le vide, l'immobile, bref mon absence en ce lieu. Commençons :

J’ai transformé ma cuisine en aquarium – parois vert d’eau, décor plastique et gros poissons-,

J’ai passé trois jours avec un plombier qui menaçait – clope au bec - de faire une crise cardiaque,

J’ai surpris ma voisine de 70 ans, nue, dans sa salle de bain,*

Je suis partie,

J’ai longé les plages normandes* en pensant au Proust de Balbec, caressé les champs verdoyants avec la rudesse d’un Maupassant, puis rattrapé les quais, le pont des Arts, l’île Saint-Louis d’un Aurélien,

J’ai cru lire : feuilleté trois livres sans en élire un seul,

J’ai entraîné mon chéri à l’exposition Courbet par la seule force de L’Origine du monde,

J’ai marché, pédalé au point de toucher la légèreté,

J’ai foulé les gravats, le sable et le bitume,

Éprouvé le dur, le tendre, le froid et la chaleur de ces contacts,

J’ai rencontré un homme dans le métro,

Aimé cette pause dans le mouvement,*

J’ai assisté à une mauvaise chute de vélo,

De nuit, dans une rue mal éclairée,

J’ai vu un couple de japonais s’embraser fougueusement en plein courant d’air,

J’ai fait deux cent photos aléatoires,*

J’ai gribouillé des syllabes informes sur mon carnet Pigna nature,

Cru capturer quelques instants de vérité pure,

Réduits en poussière au seul bruissement du papier,

J’ai croisé plus de russes en une traversée du faubourg Saint-honoré que dans toute ma vie,*

Je suis rentrée,

J’ai mangé tellement de chocolat au lait que je ne pourrai plus dire d’un air distingué : « Moi je n’aime que le chocolat noir 80%. »,

J’ai fait 20 minutes d’abdos-buste, 25 minutes de cuisses-fessiers et 45 minutes de bike sans crier à la performance,

J’ai été ivre avec un unique verre de sangria,

J’ai perdu ma trace,

Refait ma vie en carreaux de ciment,

Revu la règle des trois adjectifs,

Une aventure magnifique, extraordinaire, inoubliable,

Une parcelle de temps insignifiante, inutile, insipide,

J’ai vu trois films,*

Voulu trois enfants,

Pensé à la Sainte Trinité,

Su distinguer le jour des Saints et la fête des morts,

Ai définitivement abandonné l’idée de la crémation,

J’ai embrassé ceux que j’aime,

Et j’ai

Repris espoir,

Dans les histoires.

 

 

Ps : *Les astérisques devraient donner lieu à des développements ultérieurs.

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Au fil des mots
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 29 octobre 2007

IMGP1561.JPGJe vais quitter mon bocal
le temps de fouler d'autres macadams
Je vais un peu déserter ces pages
mais
ne partez pas si vite!
je ne m'absente
que le temps de cultiver deux ou trois (im)perfections... 
Comptez donc une ou deux inspirations  et 
Madame reprendra place,
sage et disponible.





Pour me faire pardonner
cette petite escapade
je vous offre
l'un de mes textes poétiques préfèrés.
A tutti : Ciao

A l’heure où la lumière enfuit son visage

dans notre cou, on crie

les nouvelles du soir,

on nous écorche. L’air est doux. Gens de passage

dans cette ville, on pourra

juste un peu s’asseoir

au bord du fleuve où bouge

un arbre à peine vert,

le temps de faire ce voyage avant l’hiver,

de t’embrasser avant de partir ? 
Si tu m'aimes
retiens-moi, le temps de reprendre souffle, au moins,

juste pour ce printemps, qu’on nous laisse tranquilles

longer la tremblante paix du fleuve, très loin,

jusqu’où s'inclinent

les fabriques immobiles…

Mais pas moyen. Il ne faut pas que l’étranger qui marche

se retourne, ou il serait changé

en statue : on ne peut qu’avancer. Et les villes

qui sont encore debout brûleront. Une chance

que j’aie au moins visité Rome, l’an passé,

que nous nous soyons vite aimés, avant l’absence,

regardés encore une fois, vite embrassés,

avant qu’on crie

« Le Monde » à notre dernier monde

ou « Ce Soir » au dernier beau soir qui nous confonde…

Tu partiras.

Déjà ton corps est moins réel

que le courant qui l’use, et ces fumées au ciel

ont plus de racines que nous. C’est inutile

de nous forcer. Regarde

l’eau comme elle file

par la faille entre nos deux ombres. C’est la fin

qui nous passe le goût de jouer au plus fin.

 

Philippe Jaccottet, L’Effraie

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
  • femme-im-parfaite-mode-d-emploi
  • : Femme culture littérature Société Cinéma societe
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Images Aléatoires

Blog : Internet sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus