Je voudrais commencer cette année 2011 en partageant avec vous un coup de cœur cinématographique intitulé Le nom des gens. Le réalisateur Michel Leclerc signe avec sa compagne Bahia Kasmi un film d’une largeur de vue enthousiasmante. Le pitch est pourtant d’allure modeste : une jeune femme plutôt à l’aise avec la nudité et 100% militante de gauche s’emploie à coucher avec un maximum de mecs de droite, pour les convertir corps et âme à sa cause politique… Mais l’histoire serait trop simple si cette jeune femme, prénommée Bahia et idéalement interprétée par Sara Forestier, ne croisait entre autres : des sans-papiers, Lionel Jospin, des fantômes grecs et algériens, un cygne mort et l’amour en la personne d’Arthur Martin, finement joué par Jacques Gamblin.
Film politique au sens noble et comique au sens plein, Le nom des gens réussit à poser avec justesse la question de l’identité : choisie, cachée, refoulée, refusée…, tous les personnages de l’intrigue ont mal à leur identité. On en rit beaucoup. On pleure aussi avec eux. Sans doute parce qu’on leur ressemble un peu : nous sommes nombreux à être comme eux des « bâtards » de la République française, nés d’une mixité culturelle parfois difficile à réaliser, mais non moins réelle et passionnante.
Avec ce film, on pense aussi… Que parfois on peut se faire rattraper par des frayeurs honteuses qui empêchent purement et simplement de vivre ensemble. Et cela fait du bien de s’extraire du climat nauséabond des « ensemenceurs » de la peur.
Posons-nous la question : qu’est-ce qu’un patronyme ? Quelle adéquation existe-t-il entre le nom et l’identité d’une personne ? Le nom des gens choisit le chemin de la comédie pour explorer un sujet dont l’actualité est devenue particulièrement brûlante au cours des derniers mois. En vérité : qu’est-ce que le nom ? Parfois il révèle et parfois il ment.
A simple titre d’exemple : j’ai un prénom biblique qu’on croit souvent d’origine bretonne. Je précise toujours qu’il vient de l’hébreu rien que pour voir le visage de mon interlocuteur se figer : « vous êtes juive ? » Je dois presque m’en excuser : « Non, mon prénom est tiré d’une célèbre comédie musicale des années 70, jouée à Paris en pleine ère peace and love. C’est vous dire si ce n’est pas sérieux ! » Ça aussi, je le raconte toujours afin d’examiner ce mélange étrange de déception et de soulagement chez ce même interlocuteur… Je vous passe l’histoire de mon nom qui a quelque chose à voir avec les conquêtes anglo-normandes et l’ascendance maternelle, du type macaroni-polentone !
Cette mixture bigarrée qui façonne une identité, comme celle d’Arthur Martin, de Bahia Benmahmoud ou d’Annette Cohen, me plaît. Car après Le nom des gens, je n’ai pas de mal à affirmer que ça ressemble à ça aujourd’hui, d’être français(e).
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