Lundi 12 novembre 2007

Vertigo.jpgAu nombre des développements ultérieurs promis, nous comptons d'abord l'assertion suivante :

J'ai vu ma voisine de 70 ans, nue, dans sa salle de bain.



Beautés éternelles

Une rue déserte, plongée dans la nuit, 
Une succession de volets clos et de portes muettes, docilement alignés, 
Pas un passant, pas d’autre bruit que la monotonie du vent.

Et puis soudain,
Un carré de lumière,
La douce carnation d’une peau,
Un chatoiement de courbes.

Madame entre dans la salle de bain,

Vue et fenêtre sur rue.

Ecran blanc dans la nuit noire :

Instant cinématographique par excellence, minute photogénique.

 

Madame est Nue,

Non pas dévêtue,

Mais assumant un nu volontaire,

Revendicatif et artiste.

Elle se choisit

Transparente derrière le verre opaque ;

Charnelle sous un chignon impeccable d’héroïne hitchcockienne.

 

Elle est impudique et digne dans son dévoilement,

Belle surtout, Belle de jour, en dépit du temps,

Juste un peu floue,

A la manière d'une Bardot de Match d’aujourd’hui :
Contours estompés,

Rides gommées, affaissements maîtrisés

Et fausse blondeur assumée.

Elle s’offre au regard, impudique face à son miroir.
Fidèle chaque soir.

Epiphanie orgueilleuse d’un mari consentant ?

Plaisir solitaire ? Heure de vérité ?

 

Charme intemporel d’un corps féminin,

Eloge de la vie qui court encore,

Et qui invite à la tendresse,

D’une femme encore jeune,

Pour une Dame  de 70 ans.

 

Une Dame. Une vraie.

Courtoise, elle a de la conversation et invite aux mots choisis.

Elégante, elle maîtrise le fard et le rouge, le mélange des couleurs et l’équilibre de la silhouette.

Disciplinée, elle travaille sa démarche, son maintien, la blancheur de son sourire.

Elle consent, fidèle à son image, à ce travail à plein temps de la beauté.

Star du quotidien,

Prisonnière

Des têtes qu’elle fait encore tourner,

Elle connaît ses classiques

Quand tu seras bien vieille le soir à la chandelle…

Et repousse les limites.

La beauté n’a pas d’âge, dit-on,

Mais on rangerait celle-ci dans le troisième.

Et je l’observe avec un regard attendri

Car elle est ma voisine, ma mère, ma sœur, une autre moi-même,

Celle de demain.

Mon futur imparfait.

 

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Vendredi 9 novembre 2007

IMGP1535.JPGMe voici de retour après une échappée dont il me faudrait vous narrer toutes les subtilités, mais j’aurais besoin d’un peu plus que les quelques bouts de journée dévolus à ces pages pour vous dresser autre chose qu’un inventaire.

A défaut de cet autre chose – pour le moment en tous cas – voici donc l’inventaire (j’ajouterais volontiers en aparté que j’adore ces inventaires, toutes ces listes déjà avalées et que j’aurais peut-être dû conserver comme les photos-jalons qu’on range dans des albums, témoignages de celui ou de celle que l’on a été et que l’on a oublié, ignoré parfois ; des listes pour ranger sa vie à sa guise et pour retenir le meilleur et le moins bon : petites rubriques des plaisirs, colonnes d’horreurs ou bourrasques de désillusions.

Des listes : les efficaces, les incongrues, les poétiques, les fanatiques ; la liste offre au quotidien un acte de création, d’association irrésistible – une petite porte ouverte sur le rêve, le sens floué des choses – ) Un inventaire disais-je donc, censé justifier le vide, l'immobile, bref mon absence en ce lieu. Commençons :

J’ai transformé ma cuisine en aquarium – parois vert d’eau, décor plastique et gros poissons-,

J’ai passé trois jours avec un plombier qui menaçait – clope au bec - de faire une crise cardiaque,

J’ai surpris ma voisine de 70 ans, nue, dans sa salle de bain,*

Je suis partie,

J’ai longé les plages normandes* en pensant au Proust de Balbec, caressé les champs verdoyants avec la rudesse d’un Maupassant, puis rattrapé les quais, le pont des Arts, l’île Saint-Louis d’un Aurélien,

J’ai cru lire : feuilleté trois livres sans en élire un seul,

J’ai entraîné mon chéri à l’exposition Courbet par la seule force de L’Origine du monde,

J’ai marché, pédalé au point de toucher la légèreté,

J’ai foulé les gravats, le sable et le bitume,

Éprouvé le dur, le tendre, le froid et la chaleur de ces contacts,

J’ai rencontré un homme dans le métro,

Aimé cette pause dans le mouvement,*

J’ai assisté à une mauvaise chute de vélo,

De nuit, dans une rue mal éclairée,

J’ai vu un couple de japonais s’embraser fougueusement en plein courant d’air,

J’ai fait deux cent photos aléatoires,*

J’ai gribouillé des syllabes informes sur mon carnet Pigna nature,

Cru capturer quelques instants de vérité pure,

Réduits en poussière au seul bruissement du papier,

J’ai croisé plus de russes en une traversée du faubourg Saint-honoré que dans toute ma vie,*

Je suis rentrée,

J’ai mangé tellement de chocolat au lait que je ne pourrai plus dire d’un air distingué : « Moi je n’aime que le chocolat noir 80%. »,

J’ai fait 20 minutes d’abdos-buste, 25 minutes de cuisses-fessiers et 45 minutes de bike sans crier à la performance,

J’ai été ivre avec un unique verre de sangria,

J’ai perdu ma trace,

Refait ma vie en carreaux de ciment,

Revu la règle des trois adjectifs,

Une aventure magnifique, extraordinaire, inoubliable,

Une parcelle de temps insignifiante, inutile, insipide,

J’ai vu trois films,*

Voulu trois enfants,

Pensé à la Sainte Trinité,

Su distinguer le jour des Saints et la fête des morts,

Ai définitivement abandonné l’idée de la crémation,

J’ai embrassé ceux que j’aime,

Et j’ai

Repris espoir,

Dans les histoires.

 

 

Ps : *Les astérisques devraient donner lieu à des développements ultérieurs.

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Au fil des mots
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Lundi 29 octobre 2007

IMGP1561.JPGJe vais quitter mon bocal
le temps de fouler d'autres macadams
Je vais un peu déserter ces pages
mais
ne partez pas si vite!
je ne m'absente
que le temps de cultiver deux ou trois (im)perfections... 
Comptez donc une ou deux inspirations  et 
Madame reprendra place,
sage et disponible.





Pour me faire pardonner
cette petite escapade
je vous offre
l'un de mes textes poétiques préfèrés.
A tutti : Ciao

A l’heure où la lumière enfuit son visage

dans notre cou, on crie

les nouvelles du soir,

on nous écorche. L’air est doux. Gens de passage

dans cette ville, on pourra

juste un peu s’asseoir

au bord du fleuve où bouge

un arbre à peine vert,

le temps de faire ce voyage avant l’hiver,

de t’embrasser avant de partir ? 
Si tu m'aimes
retiens-moi, le temps de reprendre souffle, au moins,

juste pour ce printemps, qu’on nous laisse tranquilles

longer la tremblante paix du fleuve, très loin,

jusqu’où s'inclinent

les fabriques immobiles…

Mais pas moyen. Il ne faut pas que l’étranger qui marche

se retourne, ou il serait changé

en statue : on ne peut qu’avancer. Et les villes

qui sont encore debout brûleront. Une chance

que j’aie au moins visité Rome, l’an passé,

que nous nous soyons vite aimés, avant l’absence,

regardés encore une fois, vite embrassés,

avant qu’on crie

« Le Monde » à notre dernier monde

ou « Ce Soir » au dernier beau soir qui nous confonde…

Tu partiras.

Déjà ton corps est moins réel

que le courant qui l’use, et ces fumées au ciel

ont plus de racines que nous. C’est inutile

de nous forcer. Regarde

l’eau comme elle file

par la faille entre nos deux ombres. C’est la fin

qui nous passe le goût de jouer au plus fin.

 

Philippe Jaccottet, L’Effraie

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
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Jeudi 25 octobre 2007
Mma-Ramotswe.jpg

Connaissez-vous Precious Ramotswe ? Non ??!! Il s’agit pourtant de la première femme détective privée du Botswana, et peut-être même d’Afrique !

On ne peut plus longtemps méconnaître une femme d’une telle valeur.

Precious la bien nommée, appelée aussi Mma Ramotswe, est de celles qui multiplient les qualités humaines : généreuse, pleine de bon sens, fière de son pays ; chacune de ses actions semble une tentative de définition du mot « fraternité ».

Oh ! N’allez pas croire que cette Mma est une sainte ; ce ne serait pas drôle ! Elle est juste une femme au grand cœur qui vit sa fonction de « 1ère femme détective du Botswana » comme un sacerdoce, un moyen de faire le bien, de voir triompher la justice autour d’elle. Elle ne se délecte pas  pour autant de moralisme à longueur de journées. Mma, la quarantaine finissante et la corpulence d’une africaine traditionnelle, sait faire rimer enquête, soupçons et suspens avec humour et légèreté.

C’est que cette noble femme sort tout droit de la plume d’un anglais qui sait doser la bonne humeur avec subtilité. On doit en effet cette héroïne sans égal à Alexander Mc Call Smith, un professeur de droit médical qui enseigne à l’Université d’Edimbourg (Ecosse) et qui a vécu de nombreuses années au Bostwana. Marqué par cette expérience, Alexander MC Call Smith est parvenu à créer un personnage très attachant et à présenter une vision de l’Afrique pleine d’affection, sans jamais tomber jamais dans un angélisme de mauvais aloi.

Epaulée par son assistante aux larges lunettes et aux souliers verts, la très respectable Mma Makutsi, Precious Ramotswe fait face aux affaires qui lui sont présentées avec un souci de justice lumineux et chaleureux. On sourit beaucoup tout au long de la lecture, des remarques de Mma et du regard qu’elle sait poser sur ses condisciples et sur elle-même. Il faut l’entendre évoquer ses problèmes de constipation ou encore rendre hommage à « sa constitution d’Africaine traditionnelle, à mille lieues de ces horribles créatures maigres comme des clous que l’on [voit] dans les publicités. »

Mma est une détective mais ses enquêtes ne relèvent en rien du polar et ne parviendraient pas à nourrir un thriller hollywoodien : pas de courses-poursuites ni d’armes à feu dans l’univers de cette drôle de dame mais un vrai sens moral qui commande chacune de ses démarches. Precious œuvre pour son pays, dans le respect des valeurs de l’Afrique et en mémoire de son vénérable père. Son naturel altruiste la tourne toujours vers les plus pauvres, les plus faibles, les démunis de l’amour, sans jamais que cet élan du coeur ne se surcharge de pathos.

Elle sait aussi exercer son esprit critique car elle observe avec lucidité les problèmes du continent africain, et les troubles qu’il connaît ne sont pas occultés : sida, pauvreté, femmes battues ou abandonnées avec des livrées d’enfants, politiciens corrompus...

 

Rien ne pouvait laisser supposer le succès de Precious car l’auteur a d’abord été publié par un éditeur très confidentiel mais le bouche-à-oreille a bien fonctionné et cinq millions d’exemplaires des aventures de Mma Ramotswe ont été vendus dans le monde à ce jour.
Traduits en 34 langues, les romans ont paru en France dans la collection 10-18 (Les grands détectives).

Il semblerait en outre qu’Anthony Minghella adapte au cinéma la première enquête de Mma Ramotswe.

Mieux encore, au Botswana, une agence de voyage a lancé un circuit de visites à Mochudi, ville natale de Mma Ramotswe ainsi que de sa maison sur la route de Zébra à Gaborone.

Qui a dit que Mma Ramotswe était un personnage de fiction ?

Courrez la rencontrer ! En quelques heures, vous vous convertirez au thé rouge !

 

 

par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Biffures chroniques
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Lundi 22 octobre 2007

2848760346.jpg
J’ai vu quelqu’un marcher sur le toit.
A l’heure où les volets se ferment.

Entre chien et loup peut-être. Ou plus tard, quand la nuit était vraiment là.

Entre chien et loup.

Petite, cette expression me fascinait, convoquait deux gueules ouvertes : incisives et canines dehors.

Un surgissement effrayant, entre le domestique et le sauvage, qui vibrait en moi comme un grognement féroce lorsque nous rentrions à cette heure mystérieuse, dans la voiture familiale : le chien à gauche, le loup à droite aveuglés et menaçants, dans les phares de l’auto.

Peur dévorante. Mais presque délicieuse alors, puisque la peur était encore un jeu.

Peur sans objet car jamais le rebondissement attendu -redouté mais attendu- ne prit forme et vie.

Quelle que fut l’heure, la voiture regagnait immanquablement le sous-sol de la maison blanche au toit noir. La porte était bientôt close. Nous étions à l’abri. 
Je n’aurais jamais remis le nez dehors. Et j’évitais tous les coins sombres où – chacun le sait- le silence est illusoire.

Mais ce soir,

 j’ai vu quelqu’un marcher sur le toit.

Sur ce toit plat de zinc miroitant sous la lune.

A l’heure où mon bras tremblant clôt les larges volets blancs.

Ai-je vu quelqu’un sur le toit ?

Dans la pâleur du ciel nocturne.

Etrange silhouette sombre. Apprenti équilibriste. Présence sans visage et sans voix.

J’ai frissonné –forcément- et sursauté –bien sûr-, imperceptiblement.

Sous le coup du froid, de l’humide, du ténébreux.

J’ai vu quelqu’un sur le toit.
Envoûtement maléfique.

Et j’ai regagné la lumière, j’ai rejoint l’écho coloré de la vie.

Avec cette ombre en moi, ce tressaillement de l’angoisse accroché au corps, rivé à l’esprit.

Ce n’est pas ma première vision. Simple dérive coutumière de l’imagination. Ou nouvelle cohabitation ? Avec les fantômes.

Ou encore, simple pouvoir de la littérature ?

Il est des romans qui vous poursuivent, surtout entre chien et loup. 
Celui que je lis ces jours-ci- ces nuits-aussi- est de ceux-là.

Le roman d’une équilibriste  talentueuse – l'américaine Joyce Carol Oates – qui avance sur la page avec une plume pour balancier et des maux pour lest.

Et des mots, qu’elle fait osciller entre douceur et violence, élan de vie et pulsion de mort. Eros et thanatos omniprésents, n’épargnent aucun des personnages qu’elle manipule, bouscule, annule parfois dans le grand bouillonnement des Chutes. 
5638-couple-at-niagara-520.jpgCar les chutes du Niagara sont ici plus qu'un décor, elles dictent par leur puissance hypnotique un parcours aux hommes qui osent s'en approcher. Un parcours dévastateur ou sacrificiel qui donne chair aux maux de l'Amérique de l'expansion industrielle. 
Romancière démiurgique à l’égal des classiques, Joyce Carol Oates sait faire entendre sa petite musique - une voix qui s'insinue tel un poison- sous couvert d’une saga, d'une fresque familiale, qui ne peut être que noire.


Ce soir, c’est sûr, j’ai vu quelqu’un marcher sur le toit.

Reginald Burnaby,

Suspendu à sa corde raide,

Bravant les forces de la Nature

et offrant à cette reine sa carcasse.
Et à la suite de l'aïeul : Dirk Burnaby, Chandler, Royall, Juliet. Les Damnés.

J'ai vu quelqu'un marcher sur le toit.
Par le seul pouvoir de la littérature.
Car certains personnages de roman ont plus de réalité que les vivants.
 

par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Interlignes
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Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
  • femme-im-parfaite-mode-d-emploi
  • : Femme culture littérature Société Cinéma societe
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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