Je veux lire le dernier roman d’Annie Ernaux.
Une « autobiographie impersonnelle » intitulée Les années.
Ne serait-ce que par attrait pour le dessein subtil revendiqué par cet auteur de « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».
Ne serait-ce encore pour contrebalancer ma déception à la lecture d’une œuvre qui a priori poursuit le même but, celle du dernier Modiano : Dans le café de la jeunesse de la jeunesse perdue.
Sorte de poursuite polyphonique de lieux et de personnes à jamais disparus, recherche trop empreinte à mon goût de morbidité avant même d’ailleurs que la mort n'ait eu droit de cité ; ce roman de Patrick Modiano installe indéniablement une idée de perte, d’absence, de néant mais sans suggérer son pendant nécessaire : l’impression de rencontre, de présence, de plein qui anime toute vie humaine. Ainsi, à simple titre d’exemple on croise des dizaines de noms propres tout en sillonnant un Paris qui semble vide ! Ce n’est pas un argument littéraire mais je n’ai pas été touchée ; je suis restée dans une espèce de « zone neutre » de la lecture. Extérieure ; étrangère à l'intention de l'auteur..
Comme Patrick Modiano, Annie Ernaux a placé la mélancolie au cœur de son projet romanesque mais selon ses propres mots : « Ce ne sera pas un travail de remémoration tel qu’on l’entend généralement, visant à la mise en récit d’une vie, à une explication de soi. Elle (l’écrivain) ne regardera en elle-même que pour y retrouver le monde, la mémoire et l’imaginaire des jours passés du monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité… ». Tandis que Patrick Modiano a figuré par son style même le vide et la disparition, Annie Ernaux entend (fidèle en cela au Temps retrouvé proustien) retrouver quelque chose de ce temps « où l’on ne sera plus jamais ». C’est dans cette nuance, cette sensibilité particulière au temps et au monde, que cet écrivain trouve les mots qui me parlent.
Sensibilité…
Je ne voudrais pas réduire mon élection à cette question du sensible, encore moins bien sûr à une opposition entre une vision d’homme et une approche de femme. ( Je sens d’ici les crispations que mes propos vont susciter…) Mais je suis bien obligée de constater que depuis une dizaine d’années les auteurs qui m’ont marquée, sont presque tous des femmes.
Je vais forcément en oublier mais Virginia Woolf a ouvert la voie à des écrivaines au style aussi différent que celui de Nancy Huston, Sylvie Germain, Annie Ernaux ou encore Joyce Carol Oates.
Je viens aussi de découvrir le magnifique travail romanesque d’Anna Enquist avec Le Retour, roman dans lequel l’auteur adopte le point de vue d’Elizabeth Cook, l'épouse du célèbre aventurier anglais.
Autant de révélations qui ont fait mon bonheur de lectrice et que je salue comme une revanche artistique des femmes après des siècles de quasi silence imposé.
Une autre manière de célébrer l’émancipation née des mots de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme… »
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