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Mercredi 30 avril 2008

 

 
 

Il y a quinze ans, jeune fille en fleur endeuillée par les tumultes post-adolescents, j’écrivais :

On continue de vivre parce que bêtement vient le printemps et sa nature presque exemplaire, le mirage des nourritures terrestres, et puis parce que demeure –dans une perception confuse-  la pérennité des choses naturelles, le rythme immuable des saisons, le bonheur d’arpenter les sentiers jaunis de primevères, de revisiter tous les mots jolis hérités des livres. 

 

Cette année encore, j’ai craint de la manquer- cette éclosion parfaite : la blanche  floraison de l’arbre-.

A s’éloigner du cerisier à l’approche de mai, on s’en remet au hasard et on prend le risque de rompre une promesse.

Celle d’une rencontre annuelle avec la beauté*.

L’an passé déjà, le vent avait eu raison des pétales délicats et j’avais retrouvé un arbre aux branches misérablement clairsemées, face baissée sur un voile marial abandonné à la terre.

Mais ma ferveur a été récompensée : le cerisier m’est fidèle ; depuis quelques jours,  il  se dresse, plus fier que jamais, paré de vert et de blanc. Orgueil de ma «primavera ». Je lui adresse ma reconnaissance d’un regard comblé.

 

Double reconnaissance puisque le cerisier m’a replongé dans Cahier de verdure.

 "Il paraît qu'on n'a plus le droit d'employer le mot beauté*. C'est vrai qu'il est terriblement usé. Je connais bien la chose, pourtant. N'empêche que ce jugement sur des arbres est étrange, quand on y pense. Pour moi, qui décidément ne comprends pas qrand-chose au monde, j'en viens à me demander si la chose "la plus belle", ressentie instinctivement comme telle, n'est pas la chose la plus proche du secret du monde, la traduction la plus fidèle du message qu'on croirait parfois lancé dans l'air jusqu'à nous; ou, si l'on veut, l'ouverture la plus juste qur ce qui ne peut être saisi autrement, sur cette sorte d'espace où l'on ne peut entrer mais qu'elle dévoile un instant. Si ce n'était pas quelque chose comme cela, nous serions bien fous de nous y laisser prendre."
                                                                                          Philippe Jaccottet

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
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Jeudi 10 avril 2008

 


«  Quiconque a connu l’aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatigant, âpre et excitant d’escalader la montagne qui des pentes de l’enfance monte jusqu’à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d’eau, un vol géométrique d’ailes dans la lumière, quelques instants et…hier j’avais les joues fraîches des vingt ans, aujourd’hui – en une nuit ? – les trois doigts du temps m’ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement… Première, mensongère terreur des trente ans. »

L’art de la joie, Goliarda Sapienza
(Chez Viviane Hamy, paru depuis peu en édition Pocket)

 Mardi soir, j’entamai la troisième partie de la  grande fresque romanesque écrite dans les années soixante-dix (mais publiée en 1996 seulement) par Goliarda Sapienza : L’arte della gioia.
Je me sentais déjà définitivement attachée à son héroïne, Modesta, merveilleuse incarnation féministe, force solaire à la liberté sans pareil. Mais à la lecture de ces mots, je me sentis soudain plus encore : sœur de peine de Modesta, comme elle effleurée –non griffée – par les doigts du temps.


Trente ans ? J’en ai 34.
Tournant d'une vie de femme?
Avec les années, une main s'immisce et -redoutable - joue avec le visage : creuse ici, ternit là, impose un décalage entre ce que l'on croit être et ce que l'on donne à voir.
Balzac a décrit cette sarabande de la jeunesse qui s’enfuit, alors qu'on sent encore, de temps à autre, cette force en soi pour lui appartenir : La femme de trente ans.
Tout était dit dès le titre.
Trente ans. Age cruel des transitions plus ou moins admises.
Je me souviens de ces paroles d’une actrice: on met trente ans à s’accepter et c’est au moment où enfin, on commence à se plaire, que commence le déclin !
Actrices. Elles sont les premières à s'effondrer devant cette attaque cynique et à préfèrer le masque au reflet décrépi des fantasmes que, jeunes alors, elles ont inspirés.
Et c'est ainsi que depuis ce mardi soir, comme frappée par un sortilège, je ne peux échapper à Pierre de Ronsard ; il brandit une vieille édentée et un miroir ébréché, en riant à gorge déployée : Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle…
Mais il y a, pour me sauver, la grâce de celles qui résistent avec d'autres armes.
Telle Goliarda, cette auteure qui pendant près de "trente ans" a apporté souffle et chair à Modesta, et  qui en cultivant l'art de la joie, en conjugant vivre et aimer avec esprit, donne un charme sans faille à tous les âges de l'être femme.

par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Interlignes
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Jeudi 3 avril 2008

 


Je me suis réconciliée avec Samuel Benchétrit.

Je sais que ça ne fera pas la couverture de Gala et que le Samuel en question se moque pas mal de se réconcilier avec toutes les femmes (im)parfaites de la terre. Mais tout de même.

Pourquoi étais-je fâchée avec Sam?

Sans doute parce que je le trouvais trop beau (arrogant), trop célèbre (surtout pour de mauvaises raisons), trop « homme à femmes » (façon Lucien de Rubempré) et surtout trop rebelle.
[Sous le prétexte fallacieux d’être né en banlieue, le brun ténébreux aime à s’ériger en défenseur passionné de celle-ci mais se trouve vite à court d’augments face à ses contradicteurs (je pense à une altercation sur direct 8 avec Alain Finkielkraut).
]

Evidemment, ce « trop »  était le fruit de l’impression cathodique, l’essence frelatée du personnage médiatique, car je n’ai jamais rencontré l’homme ni même lu ses oeuvres auto-fictives (Chroniques de l’asphalte, Récit d’un branleur).

 


Vous imaginerez donc aisément que lorsque j’ai vu l’affiche de son dernier film, une sorte d’iconographie adolescente à la provocation gratuite, je me suis juré de ne pas aller voir le dernier opus de Samy.

J’ai eu tort. Car finalement j'ai vu J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Et il en résulte qu’on peut oublier l’affiche, effacer "l’affreux" personnage médiatique décrit ci-dessus et passer un bon moment devant ce film-révérence.

Car Samuel Benchétrit est finalement un type très classe, capable d'esquisser une gracieuse révérence en hommage au cinéma qui l'a précédé et élevé (le muet, le film noir, les films italiens des 60'), capable de faire un film de gangsters d'une douceur insoupçonnée, capable encore d'écrire des partitions ciselées à des acteurs expérimentés (le génial Edouard Baer bedonnant, l'inimitable Jean Rocheford, le fantastique Laurent Terzief).



J'ai toujousr rêvé... n'est pas un chef-d'oeuvre mais une micro- construction dans laquelle le réalisateur se plaît à louer la beauté de son aimée (la brune madone Anna Mouglalis qui ressemble -si, si, c'est vrai- à ma petite soeur!), l'élégance des losers, la magie des lieux laids.
En dépit de quelques longueurs, le charme opére ; on rit; on s'enchante des rapprochements opérés par chacune des quatre scènes du film (en particulier du duo Arno-Bashung) ; on renoue avec l'écrin noir et blanc qui donne à la lumière toute sa valeur.
On apprécie enfin et surtout que la dérision règne en toute majesté car -se dit-on- la dérision suppose l'auto-dérision (adieu spectres de l'arrogance et de l'arrivisme). Elle se révèle en tous cas comme le seul et unique remède au tragique du bitume, du fast-food, et du rond-point ravageur.
Une bien jolie chronique de l'asphalte empreinte de la mélancolie des yeux noirs d'une Anna.

 

 

 

par Auteur(e) publié dans : Cinéma communauté : Apprendre et découvrir
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Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
  • femme-im-parfaite-mode-d-emploi
  • : culture littérature Société Cinéma Femme societe
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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