Il y a quinze ans, jeune fille en fleur endeuillée par les tumultes post-adolescents, j’écrivais :
On continue de vivre parce que bêtement vient le printemps et sa nature presque exemplaire, le mirage des nourritures terrestres, et puis parce que demeure –dans une perception confuse- la pérennité des choses naturelles, le rythme immuable des saisons, le bonheur d’arpenter les sentiers jaunis de primevères, de revisiter tous les mots jolis hérités des livres.
Cette année encore, j’ai craint de la manquer- cette éclosion parfaite : la blanche floraison de l’arbre-.
A s’éloigner du cerisier à l’approche de mai, on s’en remet au hasard et on prend le risque de rompre une promesse.
Celle d’une rencontre annuelle avec la beauté*.
L’an passé déjà, le vent avait eu raison des pétales délicats et j’avais retrouvé un arbre aux branches misérablement clairsemées, face baissée sur un voile marial abandonné à la terre.
Mais ma ferveur a été récompensée : le cerisier m’est fidèle ; depuis quelques jours, il se dresse, plus fier que jamais, paré de vert et de blanc. Orgueil de ma «primavera ». Je lui adresse ma reconnaissance d’un regard comblé.
"Il paraît qu'on n'a plus le droit d'employer le mot beauté*. C'est vrai qu'il est terriblement usé. Je connais bien la chose,
pourtant. N'empêche que ce jugement sur des arbres est étrange, quand on y pense. Pour moi, qui décidément ne comprends pas qrand-chose au monde, j'en viens à me demander si la chose "la plus
belle", ressentie instinctivement comme telle, n'est pas la chose la plus proche du secret du monde, la traduction la plus fidèle du message qu'on croirait parfois lancé dans l'air jusqu'à nous;
ou, si l'on veut, l'ouverture la plus juste qur ce qui ne peut être saisi autrement, sur cette sorte d'espace où l'on ne peut entrer mais qu'elle dévoile un instant. Si ce n'était pas quelque
chose comme cela, nous serions bien fous de nous y laisser prendre."
Philippe Jaccottet
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Telle Goliarda, cette auteure qui pendant près de "trente ans" a apporté souffle
et chair à Modesta, et qui en cultivant l'art de la joie, en conjugant vivre et aimer avec esprit, donne un charme sans faille à tous les âges de l'être femme.


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