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Vendredi 28 septembre 2007

a-l-abri-de-rien.jpgMarie est mariée, mère de deux enfants ; elle vit dans un pavillon aux abords d’une ville du nord. Chaque jour, elle erre dans cette maison qu’elle ne sait pas habiter. Elle dérive peu à peu, à la surface de la dépression. Elle croise d’autres silhouettes errantes, ces réfugiés sans toit, qu’on appelle les « Kosovars ». Puis un jour, sans savoir pourquoi, elle entre dans la tente de la Croix-Rouge qui accueille ces hommes le temps d’un repas chaud et se joint aux bénévoles. A partir de ce jour, elle s’engage corps et âme pour ces êtres qui ont quitté leur pays au prix d’efforts sans nom et qui attendent en vain un ailleurs rêvé. Pendant des semaines, cette femme qui ne sait plus vivre, met tout en œuvre – au mépris des dangers-  pour les aider à survivre.

 

Avec cette histoire à la fois singulière et collective, Olivier Adam, jeune auteur reconnu et récemment retenu dans la sélection Goncourt, offre un roman qui réussit à traiter un drame d’actualité tout en observant ce qui, au-delà de celui-ci, fonde l’humain. 
En effet, le roman n’est pas réductible à la question des émigrés clandestins même si l’auteur affiche une position claire par rapport à celui-ci : celle de l’homme révolté par la violence infligée à ces hommes qui ont choisi de partir. L’intérêt réside dans le questionnement individuel mis en œuvre sur la place de l’individu dans le monde, sur ce qui fonde son enracinement, et plus encore, son déracinement. Il superpose dans son récit l’éloignement physique, celui de ces hommes qui fuient un pays pour un autre et l’éloignement intérieur : Marie, le personnage principal, est une égarée dans son univers quotidien. Sans quitter son territoire, cette petite ville du nord de la France froide et trempée, elle passe alors la frontière, la frontière des habitudes, des renoncements, des convenances, au risque de passer la frontière des vivants. Elle se détourne des limites quotidiennes : le manque d’argent, la mesquinerie coutumière, le poids des choix passés, pour toucher La Limite : la mer –horizon d’espoir et de douleur-, l’amour –fraternel et impossible-, la mort – à peine retardée- de l’autre et d’elle-même. Elle n’est pas héroïque mais héroïne au sens plein, personnage complexe, tout en failles, qui trouve sa grandeur dans une action qui est oubli de soi, le dos tourné à la raison. Rageuse et douce dans son combat de chaque jour, fragile et forte sous les coups qu’elle reçoit, bouleversante dans son obstination à donner à ceux qui n’ont rien -elle qui a si peu - Marie est le personnage qui permet de sonder le degré d’étrangeté qu’un être peut avoir face au monde et à l’existence.

 A l’abri de rien sonne en outre comme un rappel nécessaire à l’oreille des citoyens européens. Sans discours, sans surcharge documentaire et sans démagogie, l’auteur nous interpelle : nous qui avons tout, qu’avons-nous ?  Le sentiment de vacuité qui tourmente Marie avant son engagement dans cette cause humaine est inversement proportionnel au trop-plein lié à la société de consommation. Olivier Adam excelle à figurer ce gavage sensoriel qui ôte tout appétit. Il dresse l’inventaire des enseignes qui bouchent l’horizon de cette femme, au sortir de son lotissement : « Go Sport Conforama  Norauto, Kiabi Maisons du Monde Halle aux Chaussures… ». Il déverse pour nous le contenu du caddie hebdomadaire : « sa bouteille de pastis ses paquets de pâtes, ses cuisses de poulet ses côtes de veau ses bières… ». Tout s’accumule et s’annule, y compris les virgules, qui, souvent absentes, figurent l’engloutissement autant que le vide. Les objets de consommation courante ont perdu leur sens dans la vie de Marie : « le paquet de céréales éventré les fourchettes les couteaux les cuillers, les biscuits la bouteille de lait » ; ils retrouvent une signification dans le don.

Pourtant, Olivier Adam dessine le portrait d’une femme qui fait l’expérience de la perte : perte de l’appétit, du sommeil, des repères temporels, perte des siens, de la conscience qu’elle a d’elle-même. Mais paradoxalement, c’est à travers cette perte qu’elle découvre le don, l’autre, l’essentielle humanité. A défaut de casser les murs censés la protéger, elle lâche les liens qui l’unissent à son mari, à ses enfants, à sa mère, pour apprendre d'autres liens : l’amitié, la solidarité, sous une tente de réfugiés que les autorités peuvent à tout moment décider de démonter. Elle prend tous les risques, ose les efforts sans lendemain ; elle côtoie la bêtise, la violence et s’approche peu à peu – fragile entêtée  - des rives de la folie.

 

Roman marquant de cette rentrée littéraire, A l’abri de rien, offre un portrait sensible, loin de tout pathos de cette femme qui croit pouvoir porter ce que d’autres appellent « la misère du monde ».

On peut reprocher à l’auteur,  en particulier au début de la lecture un décalage entre l'environnement de Marie - sordide dans sa banalité- et son niveau de langue, en particulier dans son dialogue intérieur. Mais il faut reconnaître qu’au fil du roman, ce sentiment s’estompe, qu’Olivier Adam crée les outils d’une rencontre entre le lecteur et ce personnage, en particulier grâce aux passages très réussis sur l’adolescence de cette femme.

Le lecteur peut ainsi osciller entre identification, attachement ou rejet mais l’indifférence est impossible. Marie –la bien nommée ?- rappelle que les abris sont fragiles, qu’on ne gagne rien à fermer les yeux et que la cause humaine est l’affaire de tous.

 

 

Olivier Adam a 33 ans. Il est l’auteur entre autres de Je vais bien, ne t’en fais pas (édité chez La Dilettante en 2000 et adapté avec succès au cinéma), A l’ouest (L’Olivier, 2001), Poids léger (L’Olivier, 2002), Passer l’hiver (L’Olivier, 2005), Falaises (L’Olivier, 2004).

par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Interlignes
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Vendredi 21 septembre 2007

18775415-copie-1.jpgHier soir, 21 heures rendez-vous pris pour aller voir le dernier Chabrol : La fille coupée en deux, critique féroce d'une faune égarée de people lyonnais ; mais, une fois plongées dans l'obscurité de notre salle de ciné art et essais, le projectionniste vient nous annoncer que la séance n'aura pas lieu pour cause de panne de l'appareil de projection...  Il ne reste donc plus qu'à nous rapatrier dans la seule et unique autre salle qui, selon notre voisine de fauteuil, propose une "bluette" de qualité : Waitress. Le type du guichet est moins tendre : "Waitress? Ouais...une sorte de comédie sentimentale américaine ; en tous cas, moi j' l'ai pas vu." ; sous-entendu : "faites ce que vous voulez ; moi je n'engage pas ma crédibilité de guichetier d'un ciné art et essais sur un choix pareil." Très vendeur. 
Dépitées d'abandonner le trio à la perversité virtuose Magimel-Sagnier- Berléand, nous nous rabattons cependant sur le trio Shelly-Russel-Hines (dixit l'affiche) rassurées d'apercevoir une sélection du dit film aux derniers festivals de Sundance et Deauville.
Le film met en scène une adorable Jenna (Keri Russel), serveuse au Joe'Diner dans un uniforme bleu pervenche des plus coquets, éminente spécialiste de la "tarte-émotion" dans ce traditionnel Diner du Sud des Etats-Unis. 
Qu'est-ce que le concept de la "tarte-émotion"? Une manière pour la belle Jenna de traduire tous les tressaillements de son corps et de son coeur par l'invention d'un nouvel american pie. Elle hait son mari - un espèce de névropathe  qui la tient sous son joug- alors en avant la pâte brisée et les fruits écrabouillés (tarte "je vais le tuer"), elle tombe enceinte de lui, ne veut pas du bébé (tarte "je suis une mauvaise mère"), elle est amoureuse de son gynécologue (tarte "coup de foudre")... 
Le tout se veut sucré, léger avec une pointe d'amertume quand il s'agit de la confiance que l'on peut accorder aux hommes. L'univers est féminin ; c'est celui de la transmission mère-fille à la chaleur du fourneau car -débarrassée de son mari et de son amant - Jenna, mère finalement heureuse d'une petite Lulu, clame une vérité très post-féministe : se détournant des hommes, elle choisit la liberté entre femmes, avec sa fille et ses copines du Diner. 
Le film emprunte beaucoup au conte, Jenna étant un mélange de Cendrillon (transformée par l'amour puis par la maternité comme par magie) et de Peau d'Ane (variations sur les tartes en chanson) mais un conte actuel qui finit par évincer le prince charmant (il est marié!). Waitress relève davantage de la popotte entre copines que du coup de génie culinaire ; il propose un portrait de femme en sucre qui réussit à choisir sa vie. Le propos n'est pas ambitieux mais l'émotion perce parfois et certaines scènes font sourire, en particulier celles qui mettent en présence la pâtissière et son gynéco, grand amateur de serveuse (fantasme prépubère) et de sauce chocolat (suivre le mode d'emploi : comment préparer une tarte en duo d'une manière éminemment sensuelle...). 
Jenna est épaulée par ses copines-collègues dont l'une est interprétée par la réalisatrice elle-même, Adrienne Shelly, parfaite dans le rôle de la serveuse en mal d'amour. On a peine à imaginer que depuis la réalisation de  son film, Adrienne Shelly, malicieuse frimousse du cinéma américain, a été assassinée, à New York, par un jeune homme de 19 ans. 
C'est finalement avec ce bonbon acidulé et coloré (on peut penser à la palette de couleurs du Magicien d'Oz) qu'elle aura fait ses adieux prématurés telles, en image de clôture du film, Jenna et Lulu, toutes deux de jaune vêtues, saluant de la main le spectateur attendri -ou agacé- et s'éloignant sur un chemin verdoyant. Naïf ou niais? Le spectateur choisira. Un bon contre-Chabrol en tous cas. Peu de noirceur dans tous ça mais du rose, du vert tendre, du jaune d'or, du Martine fait des gâteaux, Alice tombe amoureuse et Adrienne sourit.

par Auteur(e) publié dans : Cinéma
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Jeudi 20 septembre 2007
Si vous n'avez jamais lu la rubrique  "Une journée avec" d'un magazine féminin fort connu, vous aurez sans doute quelques difficultés à comprendre de quel affreux mal, la femme que je suis, souffre au quotidien.
Cette rubrique est mon cauchemar car ce qu'elle réussit à montrer chaque semaine, c'est que la femme parfaite existe. Et je ne vous parle pas de la femme sixties abreuvée de manuels d'épouse modèle dans la lignée des créations de Mme de Ségur ; non, je vous parle de la femme d'aujourd'hui, de la femme du troisième millénaire.
Et quand je dis que la femme parfaite existe, je suis encore loin du compte car ce magazine offre un exemple différent chaque semaine. Il existe donc des centaines, que dis-je, des milliers de femmes parfaites c'est-à-dire de femmes capables en une seule journée de 24 heures, de concilier leur vie professionnelle, leur vie de famille et leur vie amoureuse sans sombrer dans la folie ou la dépression. 
A titre d'exemple, la femme parfaite de la semaine plante des mirabelliers pour son mari, entretient un poulailler pour son fils, consomme bio au marché du samedi matin, étudie les suites de Bach, et accessoirement participe au conseil des ministres et aux sessions parlementaires !
Vous aussi ça vous laisse songeur?Pardon, songeuse...
par Auteur(e) publié dans : (Im)perfection
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Présentation

  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
  • femme-im-parfaite-mode-d-emploi
  • : culture littérature Société Cinéma Femme societe
  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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