Jeudi 29 novembre 2007

 






Toujours dans la catégorie "vieilles nouvelles sorties des tiroirs", penchons-nous un peu sur l'Analyse.
Le psy est un mal nécessaire. 
Il arrive toujours un moment dans sa vie où le divan s'avère incontournable.
Il y a quelques années, je me suis tournée vers l'une de ces éminences du Moi-malade. 

 

 

« Alors… Comment ça va,  Madame ? ».

Chaque jeudi, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, ma psy m’accueille avec cette question. Et dans mon esprit, ma psy est à tel point devenue ce « Alors…Comment ça va, Madame ? » qu’à la fin de la consultation, je ne sais jamais à qui adresser ce chèque que – confuse -  je finis par tendre en marmonnant un « Désolée, je n’ai pas rempli l’ordre ».

 

Or, sachez qu’il est éminemment agaçant ce « Alors… Comment ça va Madame ? » parce que, comme vous vous en doutez, ça ne va pas, mais vraiment pas, sinon, je ne serais pas là. J’ai bien envie de lui dire que sa question est inconvenante mais - autre évidence - je n’ose pas. Parce qu’avec mon peu de culture, j’imagine que - dans ce contexte précis - auréolé de son prestige freudien ou lacanien (qu’on m’explique la différence…), ce « Alors… Comment ça va Madame ? » est une sorte de seuil analytique qui diffère radicalement du « Comment ça va ma petite dame ? » de mon boucher ou du « M’dame ! Ça va ? » de mon plombier.

Et si cette question m’agace, je suis bien obligée de constater aussi qu’elle produit sur moi un étrange effet.

 

Pour y avoir longuement réfléchi (le travail psychanalytique ne se fait-il pas dans la durée ?), j’en suis arrivée à la conclusion que le mystère de ce chamboulement intérieur réside principalement dans le « Alors… » initial. 

C’est ainsi qu’à mes yeux, alors est devenu l’adverbe le plus effrayant de la langue française. En effet, avec cet « alors », ma psy est comme dotée du pouvoir d’arrêter le temps, de mettre mon existence sur pause.

Je ne suis pas folle : je respire, mon cœur bat et pourtant, à partir de cet « alors » je ne vis plus vraiment ; je suis placée à l’extérieur de ma vie : spectatrice, commentatrice, Nelson Monfort du moi à fouiller.

C’est terriblement troublant quand on croit que la vie consiste à appuyer sur play en continu, à être dans l’action, dans le mouvement ininterrompu.

Et c’est ainsi qu’irrémédiablement ce « Alors… » inaugure ma défaite.

Affaire de lieu, de personne, de style, d’objectif, me direz-vous. Sans aucun doute. Affaire de ton surtout.

Ce mot d’introduction enveloppé de sa couche « attention, compréhension, compassion, commisération » sonne le départ du déversement lacrymal. Et j’ai beau le retarder au maximum, fuir le fatum hebdomadaire, je finis toujours par pleurer comme une Madeleine.

Donc, chaque jeudi, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, chaque jeudi, je tire ma révérence à Madame la psy. Vous avez gagné : ça ne va pas, mais alors pas du tout.

 

Et puis, un jeudi, j’entre avec ma discrétion habituelle dans l’appartement de Madame (Consultations sur rendez-vous uniquement, prière de ne pas sonner). De la salle d’attente, je l’entends raccompagner son patient précédent (elle est toujours d’une ponctualité quasi parfaite) puis venir vers moi :

- « Bonjour Madame ! » me dit-elle presque gaiement, « Entrez, je vous en prie. Asseyez-vous ».

Je m’assieds. J’attends. Je reste toujours silencieuse jusque là. Elle me regarde. J’ai l’impression de lire un certain abattement sur son visage. Je peux presque la plaindre. Une matinée de névrosée, ce n’est pas la panacée ! Je l’observe timidement : elle fait un effort surhumain pour réprimer un bâillement.

Elle attend. Aucun son n’émane de sa bouche. Pas de « Alors, comment ça va  Madame ? » ni même de « Comment ça va ? ». Rien.

Oui, mais alors, qu’est ce que je fais ? Qu’est-ce que je dis moi maintenant ?

La panique s’empare de moi. Je pourrais tenter un « Excusez-moi mais cette entrée en matière me déroute quelque peu ; pourriez vous m’aidez... »

Mais voilà, j’ai toujours été un peu bête et disciplinée, je ne suis pas du genre à me rebeller (c’est d’ailleurs un peu pour cela que je suis là) et puis comme je suis moi-même très professionnelle, je suppose que cette Terra Incognita est une nouvelle étape de ma psychanalyse.

 Le problème c’est que je n’y étais pas du tout préparée et que tout ce qui n’est pas préparé, anticipé, nourri par une longue réflexion me plonge dans des abîmes de confusion.

Alors, je me mets à trembler. Je transpire. Je grelotte. Alors ? Alors ? Alors, je vois bien qu’il faut que je fasse quelque chose, et vite. Alors, je m’dis : « Invente ma fille. Invente ! » Tu sais le faire, ça : inventer ! C’est dans tes cordes, bon sang !

Alors… j’invente.

 

TOC. Trouble obsessionnel compulsif. Je suis victime d’un TOC. (TOC en toc, TOC bidon, vous en conviendrez vite …)

Voilà : mon TOC est semble-t-il assez unique : je suis accro au catalogue la Biroute. (Ma psy a l’air de se réveiller ; elle me jette un regard interrogateur du genre : « mmm, mais encore … » ou « Et alors… »).

 

La VPC. La vie par correspondance, la vente pour capricieuse compulsive, la « va pour cent euros ». (Elle semble vaguement étonnée).

Du matin au soir, je feuillette la Biroute. C’est tout simple, voilà pratiquement un quart d’heure que j’ai été obligée de laisser le catalogue dans ma voiture et je suis déjà en état de manque : palpitations, sensation de vide, angoisse de mort (Croyez-moi ou pas, elle est très intéressée).

Je ne sais pas si vous pouvez comprendre la place que la VPC occupe dans mon existence ; moi-même, il m’a fallu plusieurs années pour appréhender sans honte cette réalité ; en même temps, vous n’êtes pas sans savoir que j’ai beaucoup abusé du refoulement.

Pour moi, c’est très simple : la Biroute c’est la vie mode d’emploi, et tout ça en couleur, avec la tarification noire sur blanc. (Comment estomaquer sa psy et sortir du « Alors » !).

La seule chose qui me chiffonne, ce sont les frais d’expédition ; cependant, j’ai vite appris à contourner ce point : nul besoin finalement de commander, le catalogue seul me comble au-delà de tous mes vœux.

Mon problème c’est qu’avec le catalogue, j’ai tout. (Je ne lui laisse pas le temps de me lancer sur une analyse lexicologique de ce tout ; je crois vous avoir déjà pris la tête avec alors, non ? Bon, enchaînons. Ne lui laissons pas le temps d’en placer une.)

Tenez : un mari. Disons qu’on se rencontre page 657 : elle, l’allure « belle au naturel » de la page 136 ; lui, la trentaine décontractée, brun mal rasé.

Côté sexe ? Vous avez le choix entre la cuisine page 989 et la chambre à coucher 1028 (si vous optez pour cette dernière, les draps de la  page 761 sont très bien), la lingerie coquine page 329, les prothèses, préservatifs et autres vibromasseurs page 408 (si, si, j’vous assure). Et puis, on se douche page 1060, serviette éponge bleu orage, pur coton peigné, 500g/m2, qualité valeur sûre (Ah ! la valeur sûre… Je crois qu’elle n’est plus tout à fait sûre de sa valeur à présent).

On veut des enfants ? Ils grandissent en douceur, sans l’ombre d’un Œdipe raté, sans une once de crise ado, des pages 431 à 561. Soit cent trente pages consacrées à l’enfance, ce qui - je vous l’accorde -  peut sembler un peu mince à une psychanalyste, proportionnellement aux 1202 pages du volume. (Je crois qu’elle n’a pas vu une telle folle depuis longtemps ; mais qu’elle le veuille ou non, je suis en train de mettre sur pied un magnifique roman familial…)

Et je pourrais continuer comme ça indéfiniment : l’oreiller garni de flocons de fibres creuses siliconées 100% polyester garanti 5 ans de la page 821 (reconversion possible en prothèses mammaires), le panier à bouteille en polypropylène pliable de la page 1076 (les bouteilles pliables sont encore à inventer), les housses anti-poussières de la page 902 : plus de dépôt, plus de corvées ménagères, la housse anti-poussière met un terme aux foutus recommencements, aux sempiternelles reproductions. (Si vous pouviez voir ses yeux ronds…)

Tout ce que la vie peut me donner se trouve dans ce millier de pages colorées où le monde ne cesse de vous sourire, où tout correspond point par point au paradis de l’enfance, au couple fantasmé, à la famille bénie des dieux .C’est le nirvana psychologique. La VPC : la vie par procuration garantie, la vue modifiée pour complexés, la vie pure, sans prozac ni LSD, sans Psy ni curés. La vie rêvée du déprimé. (Encore trois mots et elle se jette sur n’importe quel essai de psychologie à deux euros pour ne pas sombrer dans la panique la plus totale…)

 Et je vous parlais de sexe tout à l’heure mais pour goûter au plaisir absolu, je n’ai nul besoin des pages sus-mentionnées que j’abandonne aux ados pré-pubères. Non, pour atteindre le point culminant de la jouissance, pour toucher l’extase, il me suffit de compulser les pages 208, 471, 1053 : les meilleurs RQP du catalogue.

Car, le cœur de mon TOC, Madame, c’est le MRQP, le meilleur rapport qualité prix.

Alors, je crois qu’étant donné le travail que je viens de fournir, la consultation n’excèdera pas aujourd’hui 15€80, frais de livraison compris. (Elle s’étrangle au moment où je me lève) 

Oh ! Encore une chose, pour la prochaine fois, il serait peut-être utile que vous vous documentiez, j’ai l’intention de remonter dans le passé : Martine fait son jardin, Martine à la plage, Martine se déguise… J’ai tellement de choses à vous dire sur Martine se déguise... 

(Un peu plus et on pourrait croire que je l’ai fâchée…Les psys n’ont vraiment pas le sens de l’humour…)

 

Aujourd’hui, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, je peux enfin le dire : tout va très bien Madame la Marqu’is !

 

par Auteur(e) publié dans : (Im)perfection communauté : Biffures chroniques
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Lundi 26 novembre 2007
petit-jardin.JPGDerrière la fenêtre de mon bloc de béton, une petite maison dans un jardin abandonné.

Dans la maison, une forme protégée par le contre-jour ; une vieille femme attend que ce jour passe, assise dans son fauteuil.

Ce matin, elle a tiré ses volets, elle a décroché la blouse de nylon gris suspendue à la porte de la remise et elle est descendue faire le tour de son carré de terre.

C'est l'hiver. Le sol est jonché de feuilles ; les chemins que dessinait autrefois le potager tracé au cordeau sont invisibles au profane mais la vieille dame a la mémoire des lignes.

Elle pose ses pieds dans les traces d’un passé à jamais gravé dans sa mémoire.

Elle marche dans sa vie, entre les défunts plans de fraises et de muguets.

Elle se baisse pour remettre sur pied un tuteur. Son geste est lent et sûr. Sa main a conservé  toute sa verdeur ; elle connaît le goût de la terre, sa porosité humide, son exhalaison pénétrante.

Elle sait, la vielle dame, que le petit tour fini, la journée n'aura plus de sens car tout est là désormais, dans les quelques mètres carrés qui  restent autour de la maison.

Car ces quelques mètres carrés sont tout le monde d'André. André qui n'est plus, depuis vingt ans déjà.

Les hommes de la vielle femme sont tous partis.

La terre les lui a repris.

 

Son père d’abord, happé par le Chemin des Dames ; sa mère ne manquait jamais de le lui répéter, chaque jour que Dieu faisait : le maudit chemin des Dames, petite !

Malgré tous les honneurs rendus au défunt, elle avait toujours lu l’infamie de cette mort, la trahison qui se dessinait derrière ces trois mots : Chemin des Dames. Qui étaient-elles ces créatures dotées du pouvoir d’anéantir les hommes en si peu de temps ?

Elle revoit les lis blancs bordant l’allée centrale du jardin d’antan, les droites lignes piétinées par l’enfant de sept ans qui ne supporte plus ce mensonge éclatant : le chemin des lis blancs.

Son fils ensuite, le fringant Marcel que l’aventure appelait ; le beau Marcel à la mèche gominée, au sourire d’un Mariano du nord ; le cher Marcel qui rêvait d’autres terres et qui avait choisi la mer.

N’y avait-il pas là plus cinglante trahison ? Son fils au départ de Cherbourg !

Elle ne l’aura jamais vu le fier Marcel saluant du bastingage.

Juste quelques cartes postales ; la dernière remontait à 1959, il lui disait son désir de jeter l’ancre, de mettre pied à terre, par delà la Méditerranée : en Algérie.

Elle avait maudit les païennes qui l’avaient ensorcelé son Marcel.

Elle repense aux œillets labourés ; cette marée bleue au centre du jardin qu’il avait planté enfant, aidé de ses soins à elle,  elle la mère donatrice, la terre matrice,  la mère abandonnée. Rancune. Terre brûlée.

Il n’y eut jamais plus de place pour les œillets.

 

Seul André était resté ; son homme au pas traînant, son André au pied bot, André Dubiveau employé à l’entretien des parterres municipaux.

Un amoureux des fleurs, un passionné du pétale, cultivant ses lilas, pivoines et autres pensées avec un soin exclusif.

André qui, chaque soir venu, couvrait son petit monde de graminées d’un regard enchanté et protecteur ; André qui, par un beau matin, avait fait sa valise et n’était plus réapparu.

Elle se souvenait de chaque minute de ce jour ; c’était un mardi de marché ; elle l’avait quitté, panier au bras, sur le coup de huit heures ; il arrosait ses plans d’azalées.

Elle n’avait rien perçu qui puisse augurer un changement dans leur paisible quotidien.

Elle avait cinquante-huit ans ; lui, soixante-deux ; leur fils avait fait sa vie loin d’eux, pour son bonheur et peut-être pour le leur, et leur fille, la gentille petite Nadine, était secrétaire et depuis peu mariée à son patron, un veuf de vingt ans son aîné, un homme du bâtiment ; ils étaient tous deux sans enfant.

Et pourtant, c’était ainsi. André était parti.

Il avait emporté ses papiers, quelques photos, la boite de « Fines galettes de Quimper » contenant leurs quelques économies et il avait laissé, sur le coin de la table à l’immuable toile cirée rouge et blanche, ce mot tracé d’une main vacillante : « Je vais rejoindre ma fleur des îles. Adieu. »

 

Elle se souvient de l’éclat du jardin en ce début de mai prometteur.

Elle revoit le tapis des cinéraires, la masse des roses trémières, l’envol des campanules et des dahlias et elle revit cette marée noire qui la submerge et qui ravage l’enclos polychrome.

Elle entend le bruit de ces sabots vengeurs meurtrissant les frêles corolles, anéantissant les ambitions de croissance : elle libère sa haine du végétal ; ses jupes noires se tachent des déflagrations du pistil - la palette d’une meurtrière.

Rien ne résiste à sa folie ravageuse car rien ne doit rester de ces fleurs du mal qu’une pourriture qui régénèrera la terre ; une terre vierge, une vie neuve.

 

Autour, nul ne s’étonne de sa réaction de femme mais que penser du départ d’André, lui si timide, si maladroit sorti de son univers de plates-bandes ; le pauvre André au pied bot dont tous les chenapans se sont un jour moqué, comment aurait-il pu quitter la ville sans être vu ?

 

Le temps passe ; elle continue de vivre, presque toujours seule ; les mauvaises langues lui prêtent une amourette née un jour de galette des Rois à la réunion mensuelle du Troisième-Age ; l’heureux élu serait Marcellin, l’ancien maréchal-ferrant, un chaud lapin en sa jeunesse !

 

Du jardin, il ne reste plus rien. Une terre vierge, plane. Rien ne semble avoir le droit d’y pousser. Pas une mauvaise herbe ne vient égayer les allées.

Elle veille à ce que rien ne vive sur ces quelques mètres carrés.

La terre lui a tout pris ; elle le lui rend bien ; elle prend tout à la terre.

Mieux encore, elle cultive une farce : une rangée de tuteurs qui soutiennent du vide. La simple vue de ces tuteurs réamorce en elle la force d’arracher les tentatives de survie du végétal.

Mais peu à peu cette force la quitte ; en quelques mois, elle s’affaiblit tant qu’elle ne quitte presque plus le fauteuil que sa fille lui a « télé-acheté » - une merveille de confort, une promesse de plaisir instantané - annonçait le télé-vendeur.

Chaque jour cependant, elle ouvre encore le volet de la fenêtre donnant sur le jardin.

Chaque jour, elle fait quelques pas dans ses allées, arrache çà et là quelques herbes, promène son regard sur les immeubles qui encerclent désormais la terre d’André, des blocs de béton percés de petites fenêtres abritant des dizaines de bienheureux : des êtres sans jardin !

Puis elle va se rasseoir, presque aussi apaisée qu’épuisée car elle est bien vengée : que restera-t-il, après elle, du carré d’André ?

 

 

Derrière la fenêtre de mon bloc de béton, la petite maison dans le jardin ;  la vieille dame n’a pas tiré ses volets depuis des jours. Rien ne bouge. C’est l’image que je me fais de la mort.

Sur le coup de onze heures, un couple arrive : elle, quarante-cinq ans, fait des allées et venues de la maison à leur véhicule ; lui, soixante-cinq ans arpente le terrain, mesure, évalue.

Le fils ou peut-être la fille de la vieille dame, sont venus faire l’état des lieux.

Les obsèques ont dû déjà avoir lieu.

J’ai comme un serrement au cœur. C’est l’idée que je me fais de la mort.

 

Quelques jours plus tard, des machines pénètrent sur ce qui reste pour moi la maison de la vieille dame.

Ils font tomber la maison, puis l’appentis au fond du jardin. Le voilà le vrai plan de la mort.

 

Le mouvement s’accélère. Un architecte est dépêché sur place et deux mois après, une équipe de maçons vient entamer les fondations de ce qui deviendra un petit immeuble d’habitation. Je ne peux me détacher de cette image. Ils se mettent à creuser. Il fait chaud.

Soudain l’un d’entre eux fait signe aux autres d’approcher.

De la terre profanée par les machines, de la terre endeuillée par la perte des êtres chers, il extrait une liasse de vieux papiers soigneusement enveloppés, quelques photos, une boîte de « Fines galettes de Quimper » rouillée, deux vieux godillots et  un grand sac en toile de jute.

Les vestiges de la mort.

 

Elle s’était bien vengée de son grand amour des azalées,  la femme de l’André.

 

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Vendredi 23 novembre 2007

Ultime assertion du « retour du monde », assertion qui –je dois l’avouer- en a inquiété plus d’un et plus d’une (n’est-ce pas Elena ?) :

 

J’ai rencontré un homme dans le métro

Aimé cette pause dans le mouvement.

 

Vous avez été intrigués par ces lignes énigmatiques… Alors feuilletez l’album Rencontre…
IMGP1876.JPG

 

Une rencontre.

Comment raconter une rencontre ? 
Ou plutôt toutes les rencontres. L’universalité de l’attraction terrestre, de la reconnaissance instantanée.

Comment dire la rumeur confuse de l’avant, le mouvement absurde, linéaire du quotidien, et l’indifférence, l’ennui parfois.

Et puis soudain, cette vibration imperceptible de l’air, ce basculement de l’existence, cette extension du temps, cette présence au monde qui est aussi absence à la réalité.

Et encore, l’évanouissement de la pensée, l’embrasement du corps, l’émiettement, la dissolution et ce que cela suppose de contraire : l’unité, l’harmonie, le sens dans le non-sens.

Les vieilles métaphores ne sauraient s’user. Mais la langue, les mots ne peuvent venir à bout de ce qui dépasse toutes les rhétoriques amoureuses : la vibration de l’âme, le sursaut du corps se débattant avec les éléments.

La rencontre qui fait quitter terre, qui fait manquer d’air, qui vous rend pareille à l’eau et au feu. Décomposée et recomposée ; recomptée – en un instant - au nombre des vivants.

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Biffures chroniques
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Mercredi 21 novembre 2007


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Dans l’épisode zéro, je me suis remémorée la lecture de mon premier « vrai livre ».

Et vous, quel souvenir de cette expérience avez-vous gardé ?

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Mardi 20 novembre 2007
Auberge-angegardienR.gifJ'avais oublié l'épisode zéro de mon historique à la russe ! Je le mentionne ici car il pourrait rappeler des souvenirs à certains d'entre vous.
Cet épisode zéro correspond à mon entrée dans l'univers des mots. Une entrée que je pourrais qualifier de tonitruante puisqu'elle fut personnifiée par le gargantuesque Général Dourakine
L'auberge de l'ange-gardien et Le général Dourakine représentent les premiers vrais livres de mon apprentissage littéraire ; ils m'avaient été offerts dans une édition identique à celle de la parution originelle, la version rouge et or. 
Cet incontournable de la Contesse de Ségur m' a offert mon  premier voyage en russie ; un pays où - je l'appris alors - on déjeune de "Kalatch", on voyage en "téléga", on porte une "touloupe" par grand froid. Un pays aussi, où l'on donne sans vergogne du "Knout" aux paysans. Tout un monde. Archaïque sans doute. Et nostalgique, comme l'était la comtesse.
par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Interlignes
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Lundi 19 novembre 2007
Troisième assertion à développer :

J’ai vu plus de russes en une seule traversée de la rue du Faubourg Saint- Honoré que dans toute ma vie.
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Rue du Faubourg Saint-Honoré…

Il faut dire tout d’abord que je ne suis pas coutumière de ces lieux et qu’une immersion inhabituelle est toujours propice à l’éclosion de sentiments enfouis, laissés de côté, ou oubliés.

J’ai vu plus de russes…

Je ne voudrais pas que cette expression soit mal reçue, entendue comme péjorative, méprisante à l’égard des russes. Un peuple, pour lequel je pense avoir nourri une passion presque aussi puissante que mon inclination italienne. Une passion, certes enfantine, traversée d’images d’Epinal, de stéréotypes littéraires, mais aussi mère de découvertes, de moments fondateurs.

Une passion dont il me faut de toute évidence vous retracer les grandes étapes, aussi futiles soient-elles. 
Ma curiosité pour la Grande Russie prend racine à l’âge de raison :

Episode 1 : A sept ans, je me lance dans ma première œuvre culinaire ; sa seule évocation – semblable en cela au doux souvenir de la madeleine proustienne – ravive instantanément en mon palais, les saveurs uniques de la cannelle et du clou de girofle. Une petite merveille à savourer avec un thé fumé : le gâteau de pommes à la russe.

Episode 2 : A huit ans, apprentie cinéphile dans les jupes de maman, je rêve de steppes russes, de plaines immaculées et de Docteur Jivago.

Episode 3 : A neuf ans, je m’éprends du folklore slave au lendemain d’une découverte dans les cartons familiaux : la photo d’une maman de 15 ans, en ravissant costume de danseuse russe. Dans le même temps, mes parents me ramènent d’un pseudo voyage d’étude en Albanie, de jolies poupées, charmantes d’exotisme dans leurs jupons clairs et leurs gilets brodés. Je plonge dans le coffre à chiffons où mon imagination trouve matière à création, arbore fièrement des bottes de cuir trop grandes pour moi, noue de longs foulards pour feindre une chevelure encore inexistante.

Episode 4 : A 10 ans, je revois Docteur Jivago : les mêmes causes engendrent les mêmes effets.

Episode 5 : A 12 ans, le CDI du collège m’invite à cultiver mon Henri Troyat : je m’entiche du Paname des années 20 ; celui des russes blancs, de ces princes désargentés qui troquent le rouge, l’enclume et le marteau contre un volant de taxi parisien.

Episode 6 : A 14 ans, je lis un peu Tolstoï et Tourgueniev mais je ne connais plus qu’un auteur : Fedor MikhaÏlevitch Dostoïevski.

Episode 7 : A 16 ans, j’assiste à ces heures dites historiques de la chute du mur de Berlin, pétrifiée devant les images télé de Mstislav Rostropovitch, humble génie restaurant la musique dans les ruines.

Episode 8 : A 17, j’écoute la BO du film Les yeux noirs de Nikita Mikhalkov. Je découvre les vers d’un Maïakovski, je m’éprends du couple Elsa-Aragon.

Episode 9 : A 18 ans, je décide d’apprendre le russe, recopie soigneusement l’alphabet cyrillique, m’essaie à quelques subtilités phonétiques puis abandonne lamentablement mon projet. Je pratique aussi la vodka  zubrovska en bonne compagnie.

Episode 10 : Les années passent et puis plus rien : ma Russie fantasmatique s’évanouit avec mon enfance et meurt à tout jamais avec mon adolescence.

 

Celle de l’âge adulte prend des couleurs moins douces : celles de la misère, de la corruption, de la criminalité.  L’espace des excès les moins gais.

Du Dostoïevski sans le style.

Un pays où le pire se marchande aux coins de la rue, où les âmes fortes sont réduites au silence, où les meurtriers d’Anna Politovskaïa ne sont pas poursuivis, où un Poutine peut régner en maître. 
Cette Russie me glace.

C’est celle de l’excellent Roman russe d’Emmanuel Carrère, celle de la dérive macabre, de la liberté bridée, de la violence déchaînée. Il faut trop de vodka pour l’oublier.

 

 

Je sais. Cela fait beaucoup de digressions, pour en arriver à cette traversée de la rue du Faubourg Saint-Honoré, un soir d’octobre dernier. Et pourtant c’est cet amalgame de passion et de désamour qu’elle a avivé.

Rue du Faubourg Saint- Honoré - Artère du luxe, de l’art officiel et du pouvoir. De la tradition et du bon goût français.

A votre droite,  au n° 22 : La maison de Jeanne Lanvin.

Tout de suite après, au 24 : La maison Hermès.

Admirez au loin la garde rapprochée de l’Elysée ; et là, juste devant vous, cet étrange  couple : une adorable sylphide aux yeux et cheveux clairs et un gros dur sanglé dans un cuir noir. Et là, un autre, au premier semblable : la blonde arborant fièrement ses sacs griffés, le mâle cachant à peine son assurance froide de bandit mafieux. Et puis, quelques pas plus loin, encore ce russe, dur dans la bouche de l’homme, si suave entre les lèvres de la belle. Et toujours : des galeries d’art, des boutiques au commun inaccessibles, inondées par ce flot d’argent : l’argent de la drogue, de la prostitution, du crime organisé ; l’argent blanchi sous les dorures d’un octobre parisien.

 

Je ne suis pas allée jusqu’à Pleyel (n°252), où sans doute le feu Rostropovitch, redonna - pour un temps- confiance en l’âme humaine.

 

PS : Sur les écrans en ce moment, un film que je n’irai pas voir, à tort certainement : Eastern promises, le dernier Cronenberg. Une incursion dans le monde de la mafia russe implantée à Londres. Avec Naomi Wattts dans le rôle de la blonde sylphide, Viggo Mortensen et Vincent Cassel.

par Auteur(e) publié dans : (Im)perfection communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Dimanche 18 novembre 2007
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"Nous sommes tous des amateurs, on ne vit jamais assez longtemps pour être autre chose."
    Ch. Chaplin
par Auteur(e)
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Vendredi 16 novembre 2007

photo-graphisme--C3-A9criture2.jpgVisiteurs, visiteuses, réagissez !

D’après mon blogRank (un truc savant qui calcule chaque nuit le taux de fréquentation de mon blog), vous êtes de plus en plus nombreux et nombreuses à visiter mes pages. Mon p’tit ego s’en réjouit ; mais honnêtement, il peine à évaluer le niveau de satisfaction de ses voyageurs du net par manque de commentaires.

Alors n’hésitez plus : écrivez-moi ! Un, deux, trois mots - voire plus si vous êtes des  enragés du clavier : critiquez, condamnez, encouragez, complimentez, prenez parti … !!! Cela ne prend que quelques minutes et ça n’est pas noté : il suffit de cliquer sous chaque article (ajouter un commentaire) pour apporter de l’eau au moulin.

Les plus timides pourront ne jamais m’en parler en privé. Les trop modestes choisiront le pseudo de leur choix et resteront ainsi anonymes aux yeux de tous, moi comprise.

Convaincus ?

A vous de jouer.

En attendant : Baci a tutti !

par Auteur(e) publié dans : (Im)perfection communauté : Interlignes
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Jeudi 15 novembre 2007

H--l--ne-GRimaud.jpg

"Je n'aime pas être entourée de trop de gens. Ce qu'on dit est banal...
Et la vie est trop courte pour qu'on en reste aux banalités."
Hélène Grimaud.
Pianiste, reconnue pous son talent à l'énergie sauvage, 
connue pour sa passion des loups et son regard husky.
Elle interprète actuellement le
"Concerto pour piano n°5" de Beethoven.

Pour ou contre? Que pensez-vous de sa réflexion?

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Biffures chroniques
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Mardi 13 novembre 2007
Pour poursuivre les développements promis, je choisis, dans le désordre, l'assertion suivante :

J’ai vu trois films.
persepolis.jpg

 

Persepolis, réalisé par Marjane Satrapi d’après sa BD.

Film animé ; avec les voix de Chiara Mastroianni, Catherine, Deneuve, Danielle Darrieux.

Cru sans être cruel, tragique et drôle à la fois, le film retrace la vie de Marjane de six à 23 ans. 
Un parcours émouvant et cocasse qui débute à Téhéran en 1978, à la chute du Shah d’Iran et qui relève plutôt du saut d’obstacles impossibles : comment survit-on à une révolution, à une guerre, à la disparition des êtres chers quand on est une petite fille ? Puis comment accepter les contraintes d’un Islam tout puissant quand on devient jeune fille ? Et comment se résout-on  à un exil en terre inconnue à l'heure où l'on devient femme ? 
Ce sont toutes ces questions que Marjane Satrapi parvient à illustrer avec beaucoup d’humour et d’amour. De l’amour pour les femmes qui l’ont guidée (je pense à la verve incomparable de sa grand-mère ou à la lucidité de sa mère), pour les pays qui l’ont accueillie et finalement aussi pour sa terre natale. De l’humour, de l’amour, le film en regorge ; mais aussi du talent car de la BD au film, les dessins semblent avoir gagné non seulement en force argumentative, mais aussi en poésie.

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L’heure zéro , réalisé par Pascal Thomas

Avec Melvil Poupaud, Laura Smet, Chiara Mastroianni, François Morel, Danielle Darrieux.

Imaginez un sombre manoir néo-gothique qui se dresse au-dessus de la baie de Dinard, une vieille dame vaguement opiomane et une réunion de famille un peu spéciale. Voici réunis tous les ingrédients d’un polar à la manière d’Agatha Christie.

Survient donc un crime ; des suspects et des mobiles se bousculent au portillon : reste à trouver un enquêteur en la personne de M.  François Morel (un M. Tati en vacances mâtiné d'Hercule Poirot) et biensûr un criminel un peu inattendu.

Vous obtenez : un joli numéro d’acteurs, un décor franco-anglais des plus parfaits et un huis-clos bien huilé. On batifole moins que dans Le grand appartement précédent mais on passe néanmoins un bon moment car le plaisir de jeu des acteurs est communicatif.

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Le rêve de cassandre, de Woody allen.

Avec Ewan mC Gregor, Colin Farell.

Troisième volet de la trilogie anglaise d’un Woody Allen plus acide que jamais.

Sur un coup de cœur et par nostalgie de lointaines vacances passées en compagnie d’un oncle fortuné, deux frères fauchés s’offrent un voilier qu’ils baptisent « Cassandra s’dream ». 
Mais le choix s’avère de mauvais augure et la mécanique implacable de la fatalité s’abat sur ces deux êtres qui avaient des rêves trop grands pour eux. La tragédie grecque et le drame shakespearien, remaniés à la sauce Allen : l’intrigue est sans surprise mais l’étude des personnages est d’une grande justesse. On ne peut qu'applaudir à la direction d’acteurs et au choix d’un Colin Farell, parfait dans un rôle à contre-emploi.

 

Mention spéciale :
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Pour continuer mon éloge des vieilles dames indignes,

j'ajouterai un mot sur Danielle Darieux car ce mythe vivant du cinéma français m'a enchantée d'un film à l'autre. J'avais déjà apprécié son côté décalé, ironique et caustique dans Huit Femmes de Ozon mais j'ai découvert dans Persepolis une palette de jeu plus sensible encore.
Elle y est tout à la fois truculente et touchante en grand-mère de Marjane Satrapi. Et elle offre par sa présence vocale une véritable ode à la transmission entre femmes. L’épisode du jasmin (ceux qui ont vu, ou verront le film comprendront) est des plus émouvants. 
Dans l’Heure zéro, manipulatrice et manipulée, caustique et vulnérable, elle est une vieille dame lumineuse qui n’a rien perdu de son charme vénéneux. 
Elle forme avec Chiara Mastroianni un très joli duo féminin :synthèse vibrante de la complexité faite femme.

 

 

par Auteur(e) publié dans : Cinéma communauté : Apprendre et découvrir
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  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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