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Vendredi 21 décembre 2007

graine-et-mulet.jpg


Quittons les tristes sires qui nous gouvernent pour regarder du côté de ceux qui nous enchantent. 
En un mot : courrez voir "La graine et le mulet", le dernier film d'Abdellatif Kechiche, en ce moment sur vos écrans!

Je n'en dirai rien si ce n'est que mon engouement est sans réserve : touchant sans mièvrerie, cultivé sans pédanterie, intelligent sans mépris. 
Abdellatif Kechiche a ce talent incroyabe de réussir un film sur la famille, la société, l'exil, la transmission, l'amour avec une justesse de ton, une simplicité, une honnêteté rares. Il y aurait beaucoup à en dire mais je ne veux pas que le discours se substitue à l'oeuvre de ce réalisateur de talent qui filme au coeur de l'humain, qui se place tout contre : au plus près des visages et des corps qui rient, qui gueulent, qui souffrent, qui s'aiment, s'effondrent... 
Généreux, populaire dans le bons sens du terme, tout simplement magnifique.

Un cinéma qui unit quand d'autres ne pensent qu'à diviser. Respect.

par Auteur(e) publié dans : Cinéma communauté : Apprendre et découvrir
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Vendredi 21 décembre 2007
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La mère de Mireille habitait dans un fond de cour à deux pas du théâtre. Louise Lautié avait perdu son époux en 1917 au Chemin des Dames ; il avait été un compagnon de tranchée pour André mais il n’avait pas eu la même chance que lui ; en Ille-et-Vilaine, vingt pour cent des mobilisés étaient morts pour la patrie. René était receveur au bureau de postes de Montfort lorsqu'ils s'étaient mariés et avaient emménagé dans le petit trois pièces que Louise n'avait pas quitté. Neuf mois après naissait Mireille et à quelques jours de son premier anniversaire, l'Allemagne déclarait la guerre à la France. La petite était restée fille unique et Louise touchait une maigre pension de veuve de guerre.

Au rez-de-chaussée de l'immeuble, une pièce tapissée d'un papier jaune bouton d'or lui servait d'atelier de couture ; elle y passait le plus clair de son temps car son travail  était fort prisé. Certes la plupart des bourgeoises de la ville étaient restées attachées à leurs boutiques et couturières rennaises mais l'habilité de Louise les faisait souvent pousser sa porte.

L'Atelier avait tout de suite été un petit paradis pour les fillettes qui s'étaient rencontrées sur les bancs de la communale ; avec l'autorisation d'Adrienne Derqué elles se retrouvaient tous les jeudis après-midi dans la pièce confortablement chauffée afin de permettre aux clientes de se dévêtir pour les essayages. Elles exécutaient alors de menus travaux de couture pour Louise : faufilaient, ourlaient ou confectionnaient des robes pour leur poupée. Jane adorait ce lieu jonché de chutes de tissus multicolores qu'il fallait trier et que l'on utiliserait tôt ou tard ; elle aimait cet univers exclusivement féminin où passaient presque toutes les futures mariées de la ville. Elle enviait un peu Mireille sans saisir combien elle subissait jour après jour la sourde amertume de sa mère.

Mireille avait quitté l'école en même temps que Jane mais contrairement à elle, elle se traçait un destin ; elle maîtrisait parfaitement le métier de couturière et Louise Lautié avait assez d'ouvrage pour deux mais elle avait choisi d'entrer comme apprentie modiste chez Mme Odette Rébal et le chapeau cloche n'avait plus aucun secret pour elle.

Devenues grandes, les deux amies se retrouvaient encore régulièrement à l'atelier et ces rendez-vous  étaient encore plus fréquents depuis qu'elles formaient un duo chantant et participaient aux représentations du théâtre de la ville. Le patronage leur concédait une petite somme d'argent pour confectionner leur costume de scène et leur goût du déguisement était largement investi dans ce travail d'aiguille.

Parmi les clientes de Louise, les jeunes filles comptaient une protectrice : l'épouse du notaire, M. Laffon, s'était entichée du talent de Mme Lautié et elle lui confiait la réalisation de la plupart de ses toilettes. Fille d'un médecin nantais, Yolande Laffont avait reçu de l'éducation et avait eu beaucoup de mal à accepter d'épouser ce sinistre ami de la famille Montfortain ; elle avait longtemps vécu comme une recluse condamnée à un exil éternel avant de transformer son animosité envers les habitants de cette petite ville en bienveillance excessive. Ainsi, elle laissait à l'atelier les numéros de l'Illustration et de la Gazette du Bon Ton qu'elle avait déjà amplement étudié et ne manquait pas de dénicher à Rennes des coupons de tissus inédits à Montfort pour les costumes. Des deux jeunes filles, Mireille était largement la plus aguerrie à la science du col châle et de la coupe princesse. Jane n'était pas et ne pouvait être aussi coquette que Mireille mais elle adorait l'entendre proférer ses leçons de mode tout en s'étonnant qu'il existât presque autant de variétés de tissus que de femmes pour les porter. Elle voyait plus ou moins à quoi ressemblait un crêpe Georgette, un crêpe de soie ou de satin mais quels fabuleux effets devaient produire un crêpe Tartan, un crêpe marocain ou encore un crêpe de Chine (à ne pas confondre avec le crêpe de Pékin) sans même parler des crêpes Morocco, Craquebille, Yolanda ou encore du Fausta, un magnifique crêpe lourd idéal pour les robes ou du Vénus, un triple voile aérien réservé à la lingerie fine. Tous ces noms sortis des pages de l'Illustration lui semblaient tout aussi exotiques et imaginaires que les élégantes parisiennes croquées pour figurer des événements non moins étranges que "le pesage d'Auteuil" ou "une fin d'après-midi au Polo de Bagatelle", une fin d'après-midi qui permettait d'admirer la princesse de Polignac (en robe de crêpe de Chine "Pluie de rose" et manteau de satin broché bordé de renard argenté ) saluant l'ambassadeur de Turquie. Paris était bien loin.

Mireille s'essayait à l'imitation scrupuleuse mais devait vite déclarer forfait devant la difficulté de la tâche et leurs modestes coupons.

Cependant, cette fois encore elle avait fait des merveilles et en revêtant son costume de scène, Jane ressentie une fierté inaccoutumée. Le contraste du crêpe ivoire bordé de noir sur sa peau mate semblait confirmer au physique la noblesse de cœur qu'elle manifestait chaque jour spontanément. Elle savait aussi que sans ces vêtements de scène, elle n'aurait jamais pu s'avancer au devant de la foule pour chanter comme elle le faisait désormais chaque premier samedi du mois.

- C'est magnifique Mimi, dit-elle à la jeune fille en la remerciant d'un regard.

- Attend ! T'as pas tout vu …Je vais t'essayer ton chapeau ; j'ai fait le même pour toutes les deux ; on fera les "jolies sisters"." Elle riait en ajustant la dentelle amidonnée sur la tête de Jane.

- Tu devrais penser à te couper les cheveux. C'est bien beau une crinière comme ça mais ça casse complètement mon cloche.

Jane sourit ; son amie adoptait le perfectionnisme d'une grande dame de la mode.

- Pense un peu à la tête que ferait Adrienne !

- Ta mère ! Hum! Elle haussa les épaules. Elle te baptise Jane comme une danseuse de music-hall et voudrait que tu portes corset, chignon et cotillons !

Jane avait en effet hérité d'un véritable  prénom de scène. Dans sa prime jeunesse, un admirateur avait offert à Adrienne une belle affiche de spectacle ; elle l'avait conservé précieusement et aujourd'hui encore elle trônait au-dessus du bar. L'affiche représentait une gracieuse et svelte danseuse levant  allègrement un pied à la courbe élégante : "Jane Avril. Jardin de Paris."   En dépit ou en raison du jeu de jambes  aguicheur de la donzelle, cette silhouette d'un autre monde fascinait Adrienne et à la naissance de sa fille, ce Jane à l'orthographe anglo-saxonne s'était imposé à elle.

- Tu sais ce qu'il manque à ce chapeau ? demanda Mireille.

- Une jolie tête aux cheveux courts ?

- Mais non, t'es belle comme tout ; non, il manque une fleur ; je verrais bien une rose en soie ivoire…

- Tu veux nous coiffer comme des mariées !

- La voilà l'idée ! Il y a des fleurs d'orangers dans la couronne de maman.

Jane eut un brusque pincement au cœur. Lorsqu'elle pensait à Louise, elle trouvait toujours qu’elles faisaient montre d'une frivolité excessive.

- Non, tu ne peux pas faire ça, dit-elle à Mireille.

- Et pourquoi mademoiselle ?

- ça…, ça nous porterait malheur, osa-t-elle avancer.

Mireille fut prise d'un rire moqueur ; elle ne pouvait s'empêcher de trouver à Jane des travers de campagnarde à la voir si pétrie de superstitions.

- C'est pas sacré, voyons ; on les remettra.

- Est-ce que tu te rends compte que…

- Louise sera contente, je t’assure. Après tout, autant que ça serve à quelque chose de gai qu'elle se soit mariée. Tu sais, Jane, ça fait dix-huit ans qu'on enterre mon père alors je crois que je peux sortir de deuil.

Jane était soudain comme accablée par une immense tristesse. Mireille avait raison. Elles avaient droit au bonheur et pourtant Jane semblait trop souvent en douter. Etait-ce le fait d’être née avec la guerre ? Elle se sentait comme liée à toutes ces vies broyées.

Sans doute se marierait-elle un jour, aurait-elle des enfants, mais peut-être aussi resterait-elle près de ses parents toute sa vie. Étrangement, elle ne voyait rien se dessiner d'unique pour elle. Contrairement à Mireille qui ne voulait pleurer un père resté pour toujours inconnu, elle se sentait parfois comme en deuil. Et en effet, c'était bien le deuil d'un lignage gommé qu'elle portait sur son visage lorsque sa mère la rappelait à son travail. Des parents sans ascendance et elle, unique descendance. ! Qu’est-ce qu’on construit sur de pareilles ruines ?

- Bon, je dois rentrer, dit-elle. On se retrouve à 18 heures demain pour la répétition.

Elles s'embrassèrent. Jane poussa la porte de l'atelier et s'engouffra dans la cour grise qui débouchait sur la vaste place plantée de platanes. La place des petits hommes ; sur la gauche l'école des garçons, sur la droite le cimetière où une croix blanche attestait de la mort de René Lautié et au centre le théâtre flambant neuf du patronage. 

Il fallait le dépasser puis contourner le palais de justice pour descendre en contrebas de l'église Saint-Nicolas jusqu'à la rue commerçante. Elle connaissait le chemin par cœur et s'engagea presque les yeux fermés tant elle se sentait lasse subitement. Elle était coutumière de ces changements d'humeur inattendus et une sombre mélancolie pouvait succéder en elle à une gaieté sans ombres. Elle pensait qu'il lui resterait à nettoyer et à fermer le bar, qu'elle devait se hâter de regagner sa chambre. Elle briquerait le zinc, laverait le sol avant de refermer les volets à battants et d'éteindre la dernière lampe. Le travail ne lui déplaisait pas ; elle trouvait même un certain plaisir à cette effort physique précédant le coucher mais elle avait le sentiment d'être destinée pour toujours à cette vie monotone. A quoi cela pouvait-il lui servir de regarder devant elle ? Il n'y avait pas d'autre avenir pour Jane Derqué que l'ouverture et la fermeture du bar, les œufs qu'il fallait acheter derrière la forêt, le café qu'on prenait soin de ne pas faire bouillir, les petits verres sur pieds au fond trompeur. Pas d'autre avenir. Elle heurta quelqu'un ; absorbée par sa tristesse, comme certaine d’être seule dans la ville. Elle bredouilla un mot d'excuse sans même regarder celui ou celle qu'elle venait de bousculer. Le bistrot se trouvait là, à deux pas.

 

 

 

 

 

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Lundi 17 décembre 2007

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Il ya des lundis matins comme ça où la vie a décidé d’être généreuse avec les pauvres mortels que nous sommes.

Des lundis à en oublier le froid glacial, la baisse du pouvoir d’achat, la croissance qui ne vient pas (vous remarquerez que - par décence - je ne vais pas jusqu’à évoquer les sans-abris, les mal-logés et autres crève-la faim, les otages divers et avariés, les dictateurs en goguette sur le sol français…).

Moi, ce lundi, contre toute attente, je ne me suis pas réveillée dans mon Hôtel particulier coutumier.

Je suis sortie des bras de Morphée dans les draps satinés du Château de la Belle au Bois dormant. 

Mon corps reposait sur un majestueux coussin à festons irisés quand Donald est entré pour me servir un café en faisant coin-coin.

Par la fenêtre décorée de rideaux volantés, j’ai aperçus Mickey et Minnie qui répétaient leur numéro de claquettes emmitouflés dans de jolies doudounes fourrées.

J’ai petit-déjeuné un peu trop copieusement et me suis rendormie après avoir avalé ma cinquième brioche dorée.

Puis – oh surprise divine ! - je me suis réveillée sous le feu d’un baiser ; au-dessus de mon visage un peu nauséeux se tenait un homme, ou plutôt un petit homme, oui c’est ça : un petit homme au sourire crispé.

Il semblait inquiet,  comme figé dans l’attente ; il attendait qu’enfin je le reconnaisse. 
Il me disait bien quelque chose mais… J’ai essaye de lister les hommes de ma connaissance : Ken ? Quasimodo ? Peter Pan ?

Rien à faire : ça ne collait pas avec cet homme-là

Je savais inconsciemment qu’il fallait que je me donne deux ou trois claques, que ça ne pouvait pas être un état normal un lundi matin après un week-end d’une sobriété parfaite.

Et c’est là que j’ai compris : cette année – par ma volonté capricieuse -  le lundi 24 décembre avait été avancé d’une semaine et l’homme qui se tenait devant moi était le cadeau que j’avais entouré quatre fois sur ma liste : un Nicolas !

Un beau Nicolas rien que pour moi.

Merci papa Noël !

Signé : Ta Carla.

 

 

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Lundi 17 décembre 2007
Carla001.jpg

 






Je ne sais pas pour vous mais moi je dis bravo ! Bravo Jacquot !

Jacques Martin avait présenté sa femme Cécilia à Nicolas, elle est repartie avec. 
On en reprend d’autres et on recommence : c’est ici au tour de Jacques Séguéla de faire les présentations et bingo !

Les publicitaires ont un de ces nez fins !

Parce que  Carla, c’est LA « the nana » de Nicolas ! On ne pouvait imaginer couple plus en phase, binôme mieux assorti. Exit les Marilyn et John ! Voici venu le temps de Nico et Carla.

Je m’en vais vous le prouver par une simple et courte explication de texte. 
Car Carla, divine déesse, est une exquise prophétesse. Elle rendit ses oracles dans un album qui la consacra chanteuse et il suffit de se pencher sur les textes susurrés qui ont fait son succès pour y voir la romance annoncée et comprendre que notre Carla est faite pour Nicolas.

 

1) Elle ne pouvait pas passer à côté puisqu’elle avait déjà dessiné son portrait :

Regardez-moi
Je suis le plus beau du quartier
J'suis l'bien aimé
Dès qu'on me voit
On se sent tout comme envouté
Comme charmé, hum
Lorsque j'arrive
Les femmes elles me frôlent de leurs
Regards penchés
Bien malgré moi, hé
Je suis le plus beau du quartier, hum, hum, hum

2) Elle l’accepte comme il est, même abattu par les mauvaises âmes qui ont condamné la visite de m’sieur Kadhafi, même fatigué par tous ces Jets à prendre pour aller sauver des gens de par le monde, même abimé par le chaos d’une vie sentimentale décousue. 
Altruiste de nature, Carla se sacrifie pour cet autre, cet homme qui sanglote la nuit venue dans son grand lit vide.

 

J'en connais des superbes,
Des bien-mûrs, des acerbes,
Des velus, des imberbes,
J'en connais des sublimes,
Des mendiants, des richissimes,
Des que la vie abîme...

 

3) Elle a la tête sur les épaules, elle est pragmatique, pas de celles qui s’emballent et déballent des « je t’aime » à la pelle. 

L'amour, hum hum, j'en veux pas
J'préfère de temps de temps
Je préfère le goût du vent
Le goût étrange et doux de la peau de mes amants,
Mais l'amour, hum hum, pas vraiment !

4) Elle est coutumière du paparazzo, du plan média, amie du Séguéla ; elle aime ça, se la jouer Dolce Vita comme Anita, sous les crépitements et les vivas. Des années de podium avec Karl, cela prépare à la première marche !

 

Dès que je souris
Les canards sont ravis
Le petit oiseau va sortir dans "Aile"

 

5) Elle veut travailler plus, que ça bouge en elle et autour d’elle. Il lui en faut un qui dépote.

 

Je suis excessive,
J'aime quand ça désaxe,
Quand tout accélère,
Moi je reste relaxe
Je suis excessive,
Quand tout explose,
Quand la vie s'exhibe,
C'est une transe exquise, (ouais).

 

6) Elle aime, il aime les amours-miroirs : Oh miroir ! Oh mon miroir ! Dis-moi qui de nous deux est le plus irrésistible aujourd’hui. Et elle chante aussi : Ah je ris de me voir si belle -pardon - si beau en ce miroir !

Je suis ton pile
Tu es mon face
Toi mon nombril
Et moi ta glace
Tu es l'envie et moi le geste
Toi le citron et moi le zeste
Je suis le thé, tu es la tasse
Toi la guitare et moi la basse

 

7) Et puis surtout, elle a un programme ! Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, elle a rempli son assiette au buffet :

 

Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités,
Une loi contre toute notre solitude,
Que personne ne soit oublié,
Et que personne ne soit oublié

Nico et Carla

Carla et Nicolas

Tralalalalaaaaaaaaaaaaaaaaa ah ! ah ! ah !

 

 

 

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Lundi 10 décembre 2007

Je me suis lancée dans la création de ce blog avec l’insouciance des débutantes, la fraîcheur des néophytes, la naïveté des oies blanches.

On m’a dit « Catégories » ?

J’ai listé : littérature, écriture, peinture, confiture… A suivre, un jour, c’est sûr, ma gelée de mûres.

On m’a questionné : « pseudo » ?

 J’ai lu les gens qui comme moi ne savaient pas et signaient sans sourciller : « anonyme » ou « auteur ».

Dans l’embarras du choix, j’ai préféré le second car tous les mots alignés de moi seraient.

J’étais au point zéro de la maîtrise de la Sphère,  je ne me répandais pas encore en commentaires, je ne recourrais pas aux vieux inventaires.

 

J’étais décidée à me cantonner à un projet faussement sérieux : décrire les aléas de la vie d’une femme (im)parfaite. Version culture, musculature, murmures, rupture, déconfiture.

Du léger, du « qui ne pèse pas mais repose ». Du glamour,  du Elle et compagnie.

Sans compromis avec l’épanchement, la dissection du moi, le dégoulinage larmoyant.

 

J’avais dit « fiction », attention ! Ni auto, ni docu, ni dico.

Ou alors critique ! De bons coups de trique aux mots des autres.

J’avais dit distance. Du blog sans dépendance.

Quel intérêt ces pseudo-relations virtuelles ? Ces bafouilles de l’égo ?

 

Et puis… Et puis…

De balbutiements en accomplissements, je suis tombée dedans.

A la faveur du mouvement, j’ai commencé  à déposer des bouts de moi, délaissant la critique et renouant avec l’ouvrage de tous les bloggeurs : améliorer le quotidien, transfigurer le réel, éclairer la vie par le truchement des mots. Rendre unique le commun en le brodant sur toile. Sans autre ambition que d’être juste, honnête, sincère, avec soi et les autres.

 

A la faveur des croisements, j’ai fait des rencontres d’un nouveau type : là un rebelle flamboyant ou un poète maudit, ici une écorchée vive, une plume rieuse, un verbe querelleur : des êtres de frappe, de clic et de souris qui osent être ici ce qu’en d’autres lieux, la pudeur interdit.

Et je me suis fait plumer. Comme une oie. Accro aux petits pas des visiteurs, aux vivants échos, aux biffures noires sur blanc de ces communautés de goût.

J’ai plongé dans tous ces réservoirs d’émotions, de déceptions, de sensations avec un plaisir non dissimulé.

 

Nous sommes aujourd’hui 7 millions de bloggeurs en France. Champions du monde !

Je suis de ceux-là.

A quoi cela rime puisque le nombre de lecteurs tarit ? Diront certains à juste titre.

A ça. Cette vie autre qui interroge notre mode d’exister en ce monde et en ce jour.

Résistance dérisoire ? Autre forme d’individualisme ? Repli sur soi?

Je ne crois pas.

Plutôt une manière – élégante et fraternelle – de s’entendre.

 

Une délicieuse symphonie blogguesque où les voix se répondent mais où la dissonance est permise si la bienveillance est de mise.

 

par Auteur(e) publié dans : (Im)perfection communauté : Biffures chroniques
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Lundi 10 décembre 2007
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 Chapitre 2

 

Le trajet qui la séparait de Montfort lui parut bien bref en comparaison de cette traversée périlleuse car elle avait retrouvé sa gaieté naturelle et se trouvait si sotte maintenant que tout danger avait disparu qu'elle se rabrouait intérieurement. Le vieux Jean qui travaillait dans le petit carré de potager qu'il entretenait à la bordure de Montfort et qui donnait souvent un coup de main à André l'aperçut ; elle le salua en riant. Il se dit qu’elle était gaie la Jane ; une jolie fille, polie et pleine d'entrain. Et il est vrai qu'elle était prête à embrasser la terre entière, y compris ce bourru de Jean, tant elle était heureuse de retrouver âme qui vive.

A la maison, l'accueil de sa mère fut moins jovial. Adrienne se plaignait d'avoir toujours sujet de s'inquiéter avec cette fille unique qui lui donnait autant de soucis qu'une tripotée d'enfants ; on ne pouvait quand même pas lui reprocher de ne pas la gâter : toujours des robes à la nouvelle mode, les soins de la coiffeuse, et une visite un  dentiste une fois l'an. "Et pourtant, on peut pas dire qu'on soit riche!" répétait-elle à ceux de ses clients qui voulaient bien écouter ses lamentations en échange d'une petite rallonge de Picon. "De toute façon, c'est depuis qu'elle lit des livres ; ces histoires d'amour, ça lui monte à la tête ; enfin… Espérons qu'elle fera un beau mariage ! Autant que ça lui serve à queq'chos' d'être intelligente parce que l'intelligence quand on a pas le sou, c'est que des problèmes ; regardez les socialistes de Saint-Brieuc, des irresponsables ! Rien compris à rien !" Le plus souvent, l'interlocuteur hochait la tête placidement.

Tout le monde s'entendait à dire qu'elle n'était pas si méchante l'Adrienne mais qu'il fallait qu'elle mette son grain de sel partout et qu’elle dirige son monde, fille et mari compris. En attendant ce fameux beau mariage auquel semblait prétendre Adrienne, Jane servait plus ou moins de bonne à tout faire au bistrot. Quatre ans auparavant, elle avait définitivement quitté les bancs de l'école pour aider ses parents. Adrienne en avait décidé ainsi ."Tu sais bien que depuis Verdun, ton père il est plus bon à grand chose ; il peut plus rien porter et puis t'es pas une bourgeoise quand même !" lui avait-elle dit un matin pluvieux. Elle avait alors treize ans. Elle n’avait rien trouvé à redire à  cela. N’était-ce pas le lot commun de toutes les filles de son âge ? Son amie Mireille avait quitté l’école en même temps qu’elle.

Quant au mari d’Adrienne, André, cela faisait longtemps qu'il avait démissionné ; il acceptait d'autant plus facilement que sa femme porte la culotte, que moins il en faisait et disait, plus il gagnait en liberté. Il se contentait de se venger un peu sur le muscadet en racontant sa guerre, en racontant Verdun. Plus le temps passait, plus les anecdotes s’enrichissaient de détails cocasses. Il devenait de plus en plus difficile de séparer le vrai du faux mais les clients en avait pour leur argent ; ils revenaient autant pour la bonne humeur d’André que pour participer aux tournées. Et puis  comment en vouloir à sa femme, restée seule avec un marmot sur les bras et l’angoisse de demeurer veuve à vingt-deux ans. Elle avait été forte Adrienne ; elle avait attendu patiemment son retour et quand il était enfin revenu, elle s’était donnée à lui avec la même énergie qu’au premier jour. D’ailleurs, elle était restée séduisante Adrienne et il parvenait encore à réveiller de temps à autre le souvenir  de la jeune fille d'autrefois qui dansait et chantait à tout va ; celle qui avait uni à son destin de pupille de la nation sa vie d'orpheline. L’union de deux malheurs, à la vie à la mort, vaille que vaille.

Enfin, il y avait Jane, sa fille, sur laquelle il reportait l'amour qu'il n'avait pas reçu et s'il ne pardonnait pas toujours à Adrienne ses excès de colère envers celle-ci, il comprenait combien il lui avait été difficile d'être mère. Il savait que Jane aurait du apprendre un métier mais il voulait la garder prés de lui le plus longtemps possible ; alors quand elle avait quitté l'école, une fois de plus il n'avait rien dit.

Lui, il en aurait voulu  plusieurs des enfants mais Adrienne s'y était résolument opposée. Elle voulait d'abord pouvoir penser à elle. "J'ai jamais eu personne pour s'occuper de moi,"disait-elle en grande tragédienne. Évidemment, elle aurait  préféré un garçon. "C'est quand même plus commode avec un garçon ! Une fille, faut toujours veiller à la réputation. Mais on prend ce que le Bon Dieu vous donne!"

Pour toutes ces raisons, Jane écouta sans même tenter de s'expliquer les reproches de sa mère qui l'envoya purger sa peine dans sa chambre pour ne plus l'avoir sous les yeux.

D’ailleurs, c'était sans compter sans la bienveillance d'André qui parvint à lui glisser quelques mots à l'oreille :

- Mireille est venue, y a pas une heure. Ton costume est prêt mais elle voudrait faire quelques retouches à ton bibi sur ta petite tête. Reviens pour sept heures. Et ferme ta porte à clef.

Comment un faible résiste à une forte femme ? Par de petites trahisons quotidiennes. Et ces milliers de trahisons infimes avait été le nœud de la complicité qui était née entre André et sa fille.

Jane emprunta le chemin qu'elle pratiquait habilement depuis le jour où privée de Carnaval l’année de ses onze ans, elle avait ouvert la fenêtre de sa chambre, glissé sur l'appentis, de là, osé le grand saut jusqu'au sol puis couru chez Mireille en veillant à ne pas être vue et endossé un costume de mousquetaire du roi qui la rendait méconnaissable. Autant dire qu'elle n'avait pas était peu fière de son tour de passe-passe mais elle avait été suffisamment prudente pour ne partager son secret qu'avec son amie. Et elle ne s'aperçut pas que son père, traditionnellement muet comme une carpe, n'avait pas été dupe de sa supercherie. Elle ne le comprit que le jour où il lui apporta clairement son soutien, partageant ainsi avec elle le plaisir de la fuite.

L'escalade était cependant devenue plus ardue car une certaine pudeur venait maintenant freiner les gestes de la jeune fille de dix-sept ans ; et l'habit de mousquetaire n'était pas de mise tous les jours ! Elle mettait donc un point d'honneur comique à fuguer avec élégance et se donnait des airs de trapéziste en robe de bal quand pour éviter de réitérer le grand saut, elle glissait le long de la gouttière  hors d'usage.

- Attention !

Mireille l'attendait derrière l'appentis avec cet air de réprobation inquiète qu'elle adoptait chaque fois que Jane devait se lancer dans cette aventure.  

Au physique, elle était l'exact contraire de cette dernière ; au minois percé de jolis yeux verts et surmonté de cheveux blonds frisés de Mireille s'opposait le large visage encadré d’une épaisse chevelure sombre et animé de vives prunelles noires de Jane ; tandis que les mouvements de la première rendaient chaque instant vivante la légèreté d'un corps mince et clair, ceux de la seconde manifestaient une présence à la fois massive et apaisante. La grâce presque enfantine de Mireille contrastait avec la beauté un peu lourde de Jane ; une Jane qui se trouvait gauche et empâtée mais dont le corps se dénouait dans l'effort avec une souplesse féline.

- J'ai vu ta bicyclette et la mine de ta mère, alors je suis passée derrière.

- Mon pneu a crevé ; j'ai mis deux heures pour ramener les œufs.

- Et elle t’a envoyé dans ta chambre, comme une gamine !

Jane sourit. Elle n’avait décidément pas les accents rebelles de son amie.

Et Mireille elle-même savait pertinemment que jamais Jane ne s'opposerait aux décisions de ses parents car si elle se laissait parfois aller jusqu'à pousser les portes de la futilité que lui ouvrait son imagination, elle n'en conservait pas moins un profond respect pour ses parents. En dépit de  ce qu'elle subissait, elle s'attachait à les aimer et à les contenter.

 

 

 

 

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
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Vendredi 7 décembre 2007
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Comme Roland et d'autres, le temps me manque et va me manquer pour alimenter ces pages en mots pensés. 
En désespoir de cause, je glisse à nouveau ci-dessous un vieux début d'histoire. 
Pour tout vous dire, c'est un roman familial inachevé dont voici le chapitre premier.
par Auteur(e)
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Vendredi 7 décembre 2007

gros-arbre.jpg

anti_bug_fC'était sans aucun doute la traversée qu'elle redoutait le plus : deux kilomètres de peine et de peur sur une route plongée dans les bois noirs. 
Dés le hameau des ponts, elle n'avait plus pensé qu'à cela : elle devait passer, seule, par la forêt ; car elle ne pouvait la contourner (hypothèse à laquelle elle voulait s'accrocher) sans s'exposer à la fatigue de cinq kilomètres supplémentaires sur son antique bicyclette, à la crainte de rencontrer les molosses de la ferme des Kairouan et à l'embarras de livrer les motifs d'un retard aussi ridicules à sa mère.

C’est elle qui l'avait envoyée une heure plus tôt chez Marguerite Pique chercher les œufs frais destinés à garnir le zinc ; des œufs qu'elle faisait cuire le soir et qu'elle se gardait bien d'acheter à la crémière du coin de la rue. A la jeune fille revenait donc la charge de parcourir une fois par semaine, chaque mardi, les six kilomètres qui séparaient le bar des Derqué de la bâtisse de la vieille laveuse. La course était fatigante en ce pays vallonné et elle impliquait de traverser deux fois la forêt redoutée mais la journée était belle en ce début de Mai et le détour qu'imposait la peur à l'aller serait compensé par le plaisir de filer, libre, sur la mince route pierreuse.

Et puis la soleil la mettait en confiance ; grâce à lui, elle se sentait plus forte. C'est ainsi qu'au retour, elle prit sur elle d'opter pour le chemin le plus court. Mais voilà qu'au moment même de pénétrer dans la vaste chênaie, sa roue avait heurté une pierre trop aiguë pour son caoutchouc ; un soupir d'agonisant avait emporté son pneu dans une autre vie en même temps qu'il ouvrait pour elle un cauchemar d'autant plus terrible que c'était précisément celui qu'elle redoutait par dessus-tout. Elle dut donc se résoudre à continuer à pied et à traîner son fardeau tout en veillant  à ne pas briser les œufs qui lui valaient tant de déboires.

Elle ne s'expliquait pas très bien la terreur que lui inspiraient ces bois. Elle se souvenait vaguement des récits des conteuses, des loups qui quelques décennies auparavant trouvaient encore refuge dans ces forêts bretonnes légendaires. Petite, elle ne pouvait manquer d'imaginer que l'un deux, une sorte de roi des loups, avait survécu à toutes les traques meurtrières et qu'il vivait terré mais assoiffé de vengeance, prêt à faire payer au premier humain venu le prix du massacre de ses frères. Aujourd'hui encore, plongée dans la solitude extrême de cet univers sans ciel, elle croyait voir le loup partout. Loin des murs rassurants de sa chambre, elle trouvait là un isolement paradoxal ; mille yeux semblaient la tourmenter, mille bras invisibles l'agripper, elle croyait sentir le souffle des chênes dans sa nuque. Et ces mille yeux étaient comme autant de morsures. Les coquelicots de sa robe droite se fondaient en une large tache rouge pareille au chaperon du conte pour enfant. Et elle-même n'était plus qu'une enfant, la brunette aux larges yeux noirs, la fausse intrépide à la peau étrangement mate, la petite Jane.

En même temps que surgissait ce spectre terrifiant du loup des contes d’autrefois réapparaissait le visage de l’inconnu pénétrant dans la petite cuisine obscure jouxtant le bar, un soir de 1919.

- C’est ton père Jane ; va l’embrasser, avait dit Adrienne.

Elle avait cinq ans et elle n’avait pas voulu, pas pu embrasser cet homme qu’elle voyait pour la première fois.

Il était grand ; il était maigre et malgré tous ses efforts pour sourire à l’enfant, il n’obtint pas un mot de la petite.

Il revenait de la Grande guerre, celle pour laquelle il avait été appelé avant même la naissance de sa fille. Il était un étranger ; elle était une étrangère mais ils trouveraient le temps de s’apprivoiser.

La forêt semblait condenser toutes ces images : le loup, son père cet inconnu, la nuit, la guerre. 
Une tranchée sinistre au seuil de sa vie.

Et la route elle-même était comme dominée par ce pouvoir indescriptible de la forêt ; les mousses grignotaient le tracé dessiné par l’homme et l'eau des pluies hivernales avait creusé partout de larges vasques. Ce chemin irrégulier rendait la progression de la jeune fille d'autant plus difficile qu'il la contraignait à regarder non autour – les formes et les ombres monstrueuses -  mais devant elle. Et puis elle se sentait maladroite dans cette robe dont elle avait pourtant suivi la confection avec impatience et elle se disait que les larges pantalons qu'elle avait vu portés par les garçonnes dans La Gazette du Bon Ton auraient décidément mieux convenu à son aventure.

En cette après-midi ensoleillée, l'obscurité était presque complète sous les arbres. Et seuls les rais de lumière qui perçaient çà et là attestaient de la permanence d'une entité protectrice. Cette beauté matérialisée par le contraste naturel rendait vivant à ses yeux ce Dieu qu'elle vénérait autant par tradition que par ferveur adolescente. A ce spectacle comme devant les lueurs vacillantes des cierges de la chapelle Saint Joseph, elle était transportée par une force qui irradiait tout son être, enflammant son cœur avant de répandre un feu troublant dans ses veines.

 Mais les caprices du temps effacèrent cette présence rassurante et la forêt redevint aussi inquiétante que l'océan qu'elle avait découvert quelques années plus tôt du haut des remparts de Saint-Malo.

Son père lui avait offert cette escapade pour son dixième anniversaire. Car il avait fallu peu de temps pour que l’inconnu terrifiant laisse place à André, le brave André, son père bien aimé.

- Tu verras comme c’est beau ! lui avait-il dit en la hissant dans le train en gare de Montfort. 
Monfort - Rennes puis Rennes - Saint-Malo. Tout un voyage. Sur le port, un pêcheur leur avait proposé une sorte de bref baptême de mer. Elle avait refusé,  jolie peureuse entêtée. Il n'était pas question qu'elle s'aventure sur ces coquilles de noix. Elle serait terrienne à jamais. Cependant, elle avait insisté pour plonger ses pieds dans le sable mouillé et attendre que la première vague vienne mordiller ses chevilles. Ce fut bien la morsure du froid qu'elle retint de ce premier contact qui ne pouvait totalement la conquérir. Elle percevait d'ailleurs, devant cette immensité littéralement inhumaine, que nul ne pouvait être maître de cet élément redoutable. Elle se contentait donc de la terre ferme et s'en trouvait fort bien. Pourtant, c'est ce même sentiment de vulnérabilité soudaine qui s'emparait d'elle à présent qu'elle était contrainte de traverser cette forêt au pas du marcheur.

   Elle aurait voulu chanter, affirmer sa voix dans ce théâtre hostile, mais les syllabes sautillantes s'évanouissaient dans sa bouche, demeuraient prisonnières dans cette tête lourde où elles résonnaient, amplifiées par la peur et rythmées par le gong qui frappait sa poitrine. Elle avait le sentiment de ne plus rien maîtriser, d'être peu à peu habitée par un monde inconnu ; elle était gagnée par le parfum profond des sous-bois, envahie par une humidité qui se transformait en moiteur au contact de sa peau, affaiblie par ces sensations troubles et sa marche appesantie par la bicyclette. On aurait dit que la sève des arbres vénérables tentaient de s'infiltrer dans son corps mais que ce dernier faisait front en déployant le contrepoison de la peur. Son pas n'avait cessé de s'accélérer tout au long du parcours et son souffle était devenu si intensément irrégulier qu'elle se sentait sur le point de défaillir ; mais c'est précisément à cet instant qu'elle aperçut le point lumineux qu'offrait la vaste clairière inondée de soleil au sortir du bois. La clairière et après la clairière, les premières habitations et la ville, sa ville.

Elle était sauvée.

 

 

 

 

par Auteur(e) publié dans : Ecriture communauté : Interlignes
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Mardi 4 décembre 2007

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Le bleu Klein m’a toujours fasciné.

Un bleu qui pourtant, n’en est pas un, puisqu’il fait taire l’impression de froid qui – à mes yeux - imprègne cette couleur.

Le bleu Klein est profond et lumineux, chaud et incarné.

Il est épaisseur. Il est multiple. Il est présence. Présence corporelle et spirituelle au monde.

Hors lui, je n’aime pas le bleu. 

Même les ciels monochromes de l’été ne m’apportent jamais rien de plus qu’une vaine promesse de bonheur. Aveuglés, pâlis par le soleil, ils n’ont jamais cette densité qui me fait chérir l'IKB.

« International Klein Blue ». Une couleur unique, déposée en 1960.

Chez moi, tous les bleus qui se rapprochent de l’IKB ont droit de cité.

Par touches, par taches, ils interviennent çà et là, suffisamment nombreux pour se rappeler à moi comme autant d’actants aimés, suffisamment limités pour ne pas envahir mon espace intérieur.

Plus drastique qu’une chimiste de l’industrie pharmaceutique, je dose le bleu selon mon état d’âme.

Trop présent, il est la lame de fond de la mélancolie. Absent, il retire à l’espace son rythme. Véritable ponctuation mentale dont je ne peux me passer, ce bleu qui n’est uni qu’à l’œil seul,  est plus qu’un motif qui égaierait des surfaces mutiques : il est figuratif.

Figuration du vide profond et en mode inversé, de la toute puissance du principe de vie.

 

Je ne sais où chercher dans ma mémoire cet ancrage bleu. Pas dans une chambre d’ado aux murs gorgés de mauve, pas dans ma garde-robe -soustraction faite du blue-jean, du caban et du pull marine -…

Je hais par ailleurs les dérives nationalistes qui s’emparent de la couleur. Je ne me reconnais pas plus  dans « les bleus » que dans les verts ou les rouges !

Rien n’explique mon élection sinon les empreintes artistiques inconscientes : quelques vers camaïeux, quelques Matisse et les Monochromes Klein bien sûr.

Une couleur en positif qui jusqu’à peu renvoyait vaguement dans mon esprit à un ballet de corps nus enduits de couleur, célébrant la chair, honorant le dieu bleu avec un esprit décalé des plus réjouissants.

 

Et puis je me suis retrouvée devant la Grande Anthropophagie bleue* et tout ce qui émanait pour moi de l’IKB, tout le charme évanescent, toute la présence terrienne, toute l’énergie vitale née du pigment, a disparu en un instant pour laisser place à la haine, la violence, la fureur, la destruction, l’abomination. 
Les pires outrages causés au corps semblent avoir pris possession de cette toile.

Plus de trace de la chair glorifiée mais un être torturé à l’extrême, exposé dans sa souffrance absolue, disloqué sur le papier marouflé, anéanti dans le bleu.
bleu.jpg

Un être ? Une femme.

C’est un corps de femme que j’ai vu. Une sorte de charogne baudelairienne. La vie décomposée.

Une femme violée, lapidée, battue, torturée et tuée.

Implacable vérité de l’art qui m’a rappelé jusqu’au malaise, la barbarie dont les femmes sont victimes, partout, à chaque minute, dans notre brillant monde.

Elles étaient là, ces femmes, devant moi, incarnées par ce bleu si longtemps aimé.

Malaise. Malaise d’être une femme dans ce monde-là.

« La forme du corps, ses lignes, ses couleurs d’entre la vie et la mort ne m’intéressent pas ; a écrit Yves Klein, c’est son climat affectif pur qui est valable. »

Nausée. Je reconnais la valeur du propos et du but atteint.

Mais soudain, les images de l’artiste orchestrant ces corps féminins, maculés de bleu, selon son désir, m’ont semblé insoutenables. J’y ai trop vu celui qui use de son pouvoir, de sa domination, de sa volonté de puissance.

Une symphonie dantesque que j’aurais voulu faire taire, irrémédiablement liée au surgissement de cette vérité de la toile.

 

Je ne croiserai jamais plus l’IKB sans ce sentiment de malaise, or –faut-il y voir un signe ? - le bleu Klein est désormais partout : de Microsoft à Wikipédia en passant par Orange (qui y trouve sa complémentaire), chacun en fait son appât.

Beau produit marketing qui agit sur notre inconscient. 
Présence maléfique qui nous invite à adhérer à toutes les propositions.

Domination-Soumission. Le balancement de l’âme humaine.

La divination d’un bleu.

 

par Auteur(e) publié dans : Peinture communauté : Apprendre et découvrir
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  • : Femme (im)parfaite mode d'emploi
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  • : Les trentenaires sont sous le prisme des médias ; on ne compte plus les comédies racontant les heurs et malheurs de ces vieux ados cherchant vainement leur inscription dans le monde. J'ai donc décidé d'apporter ma pierre à la construction de cet édifice vacillant : l'identité d'une trentenaire. Sans miroir déformant, j'y déposerai des reflets de mon MOI (im)parfait, j'y livrerai quelques conseils pour une vie dorée, j'y ferai entendre l'écho de mon petit monde, version sucrée ou salée.
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