L’hiver et cet autre côté des Alpes.
Cet envers qui martèle le cœur.
Face ouest enneigée
Où des skis creusent le sillon
Du temps qui glisse
Et perpétue le geste.
L’hiver, cet autre port,
dressé
Vers l’espace clos et infini
Des monts à gravir.
Havre nouveau
Où la peau s’essaie à la froidure ;
Muscles raidis par l’effort,
Tendus vers les cimes,
Grisés d’embrasser le vide,
De maîtriser la chute,
D’apprivoiser ce qui s’endure.
Ame apaisée,
Diluée dans la mer de glace,
Lavée dans le grand blanc
Essorée dans la pente.
Conscience effritée
pensée en vacances.
L’heure venue,
Atteindre l’absolu de la fatigue,
Cette faveur d’un ciel moutonneux.
Voler
Au-dessus de tout,
En équilibre fiévreux,
Loin des verts, des bruns,
De ce qui engendre, de ce qui nourrit
Mais l’infini à emporter.
Alors rentrer.
Regagner le pré du bois,
Se murer dans les planches jointes du sapin
Doré à la bougie
D'une fin du jour.
Attiser la flamme à demeure
Dans le poêle du temps continu.
S’allonger sur un matelas de feuilles
Pour y abandonner les murmures d’un aïeul
Errants entre les pierres d’un torrent.
Puis,
S’enivrer du vin de l’ailleurs,
En abreuver ceux qu’on aime,
Jusqu’à plus soif,
Jusqu’à périr par le blanc
Dans cette vallée des larmes
Qui se voulait refuge.
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