Je me suis lancée dans la création de ce blog avec l’insouciance des
débutantes, la fraîcheur des néophytes, la naïveté des oies blanches.
On m’a dit « Catégories » ?
J’ai listé : littérature, écriture, peinture, confiture… A suivre, un jour, c’est sûr, ma gelée de mûres.
On m’a questionné : « pseudo » ?
J’ai lu les gens qui comme moi ne savaient pas et signaient sans sourciller : « anonyme » ou « auteur ».
Dans l’embarras du choix, j’ai préféré le second car tous les mots alignés de moi seraient.
J’étais au point zéro de la maîtrise de la Sphère, je ne me répandais pas encore en commentaires, je ne recourrais pas aux vieux inventaires.
J’étais décidée à me cantonner à un projet faussement sérieux : décrire les aléas de la vie d’une femme (im)parfaite. Version culture, musculature, murmures, rupture, déconfiture.
Du léger, du « qui ne pèse pas mais repose ». Du glamour, du Elle et compagnie.
Sans compromis avec l’épanchement, la dissection du moi, le dégoulinage larmoyant.
J’avais dit « fiction », attention ! Ni auto, ni docu, ni dico.
Ou alors critique ! De bons coups de trique aux mots des autres.
J’avais dit distance. Du blog sans dépendance.
Quel intérêt ces pseudo-relations virtuelles ? Ces bafouilles de l’égo ?
Et puis… Et puis…
De balbutiements en accomplissements, je suis tombée dedans.
A la faveur du mouvement, j’ai commencé à déposer des bouts de moi, délaissant la critique et renouant avec l’ouvrage de tous les bloggeurs : améliorer le quotidien, transfigurer le réel, éclairer la vie par le truchement des mots. Rendre unique le commun en le brodant sur toile. Sans autre ambition que d’être juste, honnête, sincère, avec soi et les autres.
A la faveur des croisements, j’ai fait des rencontres d’un nouveau type : là un rebelle flamboyant ou un poète maudit, ici une écorchée vive, une plume rieuse, un verbe querelleur : des êtres de frappe, de clic et de souris qui osent être ici ce qu’en d’autres lieux, la pudeur interdit.
Et je me suis fait plumer. Comme une oie. Accro aux petits pas des visiteurs, aux vivants échos, aux biffures noires sur blanc de ces communautés de goût.
J’ai plongé dans tous ces réservoirs d’émotions, de déceptions, de sensations avec un plaisir non dissimulé.
Nous sommes aujourd’hui 7 millions de bloggeurs en France. Champions du monde !
Je suis de ceux-là.
A quoi cela rime puisque le nombre de lecteurs tarit ? Diront certains à juste titre.
A ça. Cette vie autre qui interroge notre mode d’exister en ce monde et en ce jour.
Résistance dérisoire ? Autre forme d’individualisme ? Repli sur soi?
Je ne crois pas.
Plutôt une manière – élégante et fraternelle – de s’entendre.
Une délicieuse symphonie blogguesque où les voix se répondent mais où la dissonance est permise si la bienveillance est de mise.
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