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Mardi 15 janvier 2008

moravia.jpg

Je suis en pleines retrouvailles.
Avec un auteur disparu en 1990. 
Je viens en effet de renouer avec Alberto Moravia par la grâce des présents de fin d'année.

Retrouver Alberto Moravia c’est comme rencontrer un vieux professeur de français que l’on aurait admiré et qui se rappellerait un jour à notre mémoire à la faveur d’une lecture, d’une citation. 
La prose et l'univers mental  de Moravia appartiennent à mes affinités électives de la première heure, à cette époque de mon enfance et de ma pré-adolescence où je lisais tout ce qui me tombait sous la main, des poches usés de mes parents aux ouvrages pillés en bibliothèque en passant par les prêts des âmes charitables heureuses de satisfaire mon appétit.

Je me souviens avoir lu La désobéissance à l’arrière du carrosse familial en partance pour son séjour estival en terres transalpines. Une lecture indissociable des cris de mes sœurs et de mes lamentations face à ma difficile tentative de retrait, d’isolement dans le monde que j’avais choisi. Indissociable aussi du spleen qui accompagnait cette traversée de la France, cette vision d’un monde infini, multiple, volatile : toutes ces maisons, ces villes et ces gens entraperçus seulement (l’autoroute a finalement mis fin à cette pathologie !).  Ma seule consolation naissait justement de l’univers clos, connu du roman : cette cosmogonie à première vue maîtrisable me donnant presque les clefs pour décoder ce vaste monde inconnu...
A y regarder de plus près aujourd'hui, je me rends compte que j'ai surtout lu les premi-res oeuvres de Moravia (Agostino, La belle romaine, L'amour conjugal, Le Mépris...). Or en découvrant Les deux amis, ce roman inachevé retrouvé dans les vieux cartons du maître, c'est tout un monde engloutit dans mon passé de lectrice qui resurgit : l'italie de l'après-guerre tout à la fois engluée dans sa dérive fasciste et tentée par la pulsion communiste, ses cercles d'intellectuels sans le sou figés dans l'inactivité politique et torturés par la question de l'engagement, les hommes de Moravia : ces anti-héros travaillés par leurs désirs et une sexualité mal assumée. 
Le ton est cruel, ironique et lucide. Mais la force de ce texte réside aussi dans le travail d'auteur perceptible grâce aux trois versions qui constituent ce roman : variations dans les choix narratifs, dans le dessin des personnages, la perspective et le point de vue mettent à nu l'enjeu littéraire et personnel que présentait ce texte aux yeux de Moravia. C'est en cela un formidable instrument de lecture de toute son oeuvre.

1er incipit (version A) :"La femme, une veuve, habitait seule dans son petit appartement et Maurizio allait la retrouver surtout le soir..."
2ème incipit (version B) : "Cet hiver-là, Sergio s'était lié d'amitié avec un jeune homme de son âge, nommé Maurizio"
3ème incipit (version C) : Dés la fin de la guerre, il s'est produit deux événements importants dans ma vie".

par Auteur(e) publié dans : Littérature communauté : Sur l'étagère de mon mur
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Commentaires

Quelle limpidité!
J'étais auprès de toi, le temps d'une lecture...à l'arrière dans la carrosse familial. Je ne sais même pas quoi dire...tellement c'est délicat et infini.
Bien à toi
commentaire n° : 1 posté par : Inès (site web) le: 15/01/2008 16:01:44
le 3°incipit à mon goût est le meilleur, peut-être parce qu'il me rappelle celui qui commence la Recherche. J'ai lu Moravia dans ma jeunesse, c'est fou ce que je l'ai oublié. Pourtant je me souviens de ces heures avec lui, fascinée. Mais je ne sais pourquoi, il ne fait pas partie de mes relectures. Et tu me donnes envie d'aller le retrouver.
commentaire n° : 2 posté par : polly (site web) le: 15/01/2008 19:56:36
Moi aussi j'ai lu Moravia, il y a des années !
La Désobéissance, Le Mépris...
Merci pour ce billet, merci aussi de me donner l'envie de le relire !
commentaire n° : 3 posté par : Fauvette (site web) le: 17/01/2008 13:45:49
"Les deux amis" est dans la pile qui me sert de table de nuit... Pas encore eu l'occasion de me mettre en autarcie sur la banquette arrière. Je sens que ce livre vient de remonter dans la pile. Merci.
commentaire n° : 4 posté par : Roland Ivy (site web) le: 17/01/2008 15:36:42
moi j'ai lu il y a longtemps le mépris....c'est un écrvain extraordinaire
besos
tilk
commentaire n° : 5 posté par : FERNANDO BRONCHAL (site web) le: 18/01/2008 00:55:52
Je ne l'ai jamais lu ce Moravia !! est-ce grave docteur ?....En tous cas, tu me donnes envie de le découvrir. Rien que pour cela, merci. Ghislain.
commentaire n° : 6 posté par : RYP (site web) le: 18/01/2008 12:22:19
Ah bah voilà, un auteur de plus à ajouter à ma liste ;-)
commentaire n° : 7 posté par : Blue Jam (site web) le: 21/01/2008 00:02:37
je ne connais de lui que "l'ennui"...mais je viens de goûter à ces lignes et nul doute que je m'y attarde
ciao à toi
commentaire n° : 8 posté par : zaq (site web) le: 21/01/2008 10:19:05
De passage.
Bien à toi
commentaire n° : 9 posté par : Inès (site web) le: 23/01/2008 12:21:01
Le mépris est sans doute l'un des livres les plus connus de Moravia.Tu m'as donné envie de me replonger dans l'univers de cet écrivain.Merci.
Bonne journée à toi
commentaire n° : 10 posté par : Constance (site web) le: 25/01/2008 12:40:44
De passage...un peu inquiéte de ton silence...mais tu as besoin de temps pour écrire tout comme moi.
Bien à toi
commentaire n° : 11 posté par : Inès (site web) le: 01/02/2008 00:13:39

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