Partager l'article ! L'Amérique aux abris: L’Amérique a peur. Depuis ce mardi noir daté du 11 septembre 2001, o ...
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L’Amérique a peur. Depuis ce mardi noir daté du 11 septembre 2001, où les Etats-Unis d’Amérique ont cessé de se sentir invulnérables, la peur s’est infiltrée dans toutes les sphères de la société. Pour cette nation construite sur le socle de la confiance en soi et en sa patrie, le coup porté par les attentats du World Trade Center a créé une onde de choc dont on ne cesse de mesurer la portée.
Le 37ème Festival du Film Américain de Deauville s’est clos quelques heures à peine avant le début des commémorations du 11 septembre sur le site de Ground zero, et on ne s’étonnera donc pas du choix du jury de couronner du Grand Prix le film du réalisateur Jeff Nichols, intitulé Take Shelter.
Au sortir de la projection du film, un chef gaulois bien connu de tous, se serait sans doute exclamé « Par Toutatis, le ciel va nous tomber sur la tête ! » tant le souffle de la peur et le spectre de la fin du monde planent sur cette histoire de délire psychotique.
Jeff Nichols y dresse le portrait de Curtis Laforche (brillamment interprété par Michael Shannon) : bon père de famille, époux attentif (d’une femme « parfaite » jouée par la formidable Jessica Chastain), travailleur fiable et compétent. Du jour au lendemain, ce parfait citoyen américain de la classe moyenne (honorablement endetté !) se met à faire des cauchemars terrifiants qui lui font peu à peu perdre pied avec la réalité. La seule échappatoire qu’il trouve à sa folie naissante est la construction d’un abri anti-tempête ; mais ce puits sans fond qu’il creuse pour calmer son angoisse de voir ceux qu’il chérit emportés par une mort certaine, le conduit inexorablement à une chute sociale.
Après la Palme d’or attribuée au dernier festival de Cannes à the Tree of Life, on pourra reconnaître en Jeff Nichols, un fils spirituel de Terence Malick, avec ce thriller existentiel, qui décline les angoisses humaines quotidiennement alimentées par les chaînes de télévision. On peut regretter cependant que l’ultime partie du film (un peu long d’ailleurs) se détourne à la fois de cette ambition critique des sociétés occidentales et de la lecture psychique du personnage, pour en faire une sorte de héros visionnaire, injustement incompris. Car derrière ce choix cinématographique se profilent tous les chantres de l’Apocalypse, plus dangereux encore que les dangers supposés ! On admettra a contrario que ce choix représente justement une formulation fictive de l’angoisse collective de tout un peuple.
Attentats, catastrophes naturelles, crise économique, paupérisation…Ces menaces pèsent désormais sur la première puissance mondiale, et son cinéma –indépendant- en donne un juste reflet.
De crise, d’appauvrissement, de déclassement, le film The Dynamiter, Prix du Jury, en parle avec une belle sensibilité de cinéaste. A l’instar de Jeff Nichols, le réalisateur Matthew Gordon, plonge le spectateur dans l’Amérique profonde des campagnes du sud. Il l’installe dans la moiteur d’une terre marécageuse où les aligators ne sont pas les seules menaces ; et il lui fait partager le temps d’un été, la vie - les déboires et les rebonds - d’un jeune homme de 14 ans qui réclame juste le droit d’écrire sa propre histoire.
Robbie Hendrick lutte en effet, avec ses armes, pour échapper à la fatalité du malheur qui semble frapper sa famille. Il se bat pour sa grand-mère, pour son petit frère, pour se sauver lui-même, de la misère et de ses avatars : la délinquance et la violence. Matthew Gordon signe avec ce premier opus, un très beau film d’auteur qui parvient avec subtilité à murmurer à chacun, que rien n’est impossible, malgré la peur.
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