Deux petites étoiles clignotent autour du Saint-Télérama de la semaine, patron des sorties ciné du mercredi. Fraîchement sorti de ma boîte à lettres en ce 19 novembre pluvieux, il m’invite à
célébrer l’avènement d’un chef-d’œuvre : le nouveau film de James Gray intitulé Two Lovers.
J’ai croisé plusieurs fois l’affiche du film les jours précédents et je me suis juré de ne pas me déplacer pour ce qui ressemble à une énième comédie
romantique américaine sur le thème des amours contrariés.
Pourtant, par fidélité aux critiques talentueux de l’hebdo télé, je suis allée voir Two Lovers et je me demande aujourd’hui si Jacques Morice ne
m'a pas donné un « bon pour » brûler son magazine dans ma prochaine flambée.
Je
n’ai en effet absolument pas compris l’intérêt que suscite ce film auprès des critiques ; pire, j’en ai cherché le sujet, le sens, le propos pendant toute la durée de la séance avant de
devoir conclure, navrée, qu’il se résume à ce qu’il montre.
Alors que raconte-t-il ?
Comme dirait l’autre, c’est l’histoire d’un mec qui a été dévasté par un premier amour, qui souffre de troubles bipolaires, qui fait régulièrement des tentatives de suicide et qui de ce fait, vit
un peu comme un ado attardé dans l’antre familiale - un petit appartement de juifs new-yorkais doublé d’un pressing où toute la famille officie
-.
Ce
personnage masculin, Léonard, interprété par Joaquin Phoenix, est censé justifier à lui seul la tension dramatique qui régit la réalisation de James
Gray du fait de sa fragilité psychologique. Il est le pivot de la triangulaire amoureuse classique ; autour de lui gravitent deux étoiles. L’une, Sandra, brune madone voluptueuse campée par
Vinessa Shaw est éprise de lui, prête à lui consacrer sa vie. Ce qui arrangerait les affaires familiales car les parents de Sandra et de Léonard
pourraient envisager une fusion de leur pressing respectif. L’autre, Michelle, longue tige blonde vaguement tourmentée jouée par Gwyneth Paltrow est
la voisine, l’objet du fantasme, celle qui rend dingue mais qui est prise ailleurs.
Amour-raison ou amour-passion, tout le film se résume à ce dilemme éternel, cette question du choix rebattu depuis la nuit des temps. On peut penser au début du film que l’articulation dramatique
va se situer autour du thème de la folie mais James Gray fait comme s’il avait peur du sujet ; il l’évite, il le contourne sans cesse. Leonard est maniaco-dépressif mais sa maladie est
peinte à gros traits : un air un peu gauche, des cachets à prendre, un œil vaguement humide, une mère surprotectrice. « Je suis barge » dit Léonard ; mais c’est à peine
visible dans le film ! Le scenario ne révèle aucune surprise et se contente de la lie de la folie ordinaire.
Il
y a par ailleurs un vrai problème de casting ; on ne peut pas croire un seul instant à la présence de ces deux bombes, brune et blonde, aux côtés d’un type aussi dépourvu de charme que ce
Léonard.
Je pourrais cependant encenser le film pour la qualité indéniable de sa photo mais j’ai été
agacée par l’académisme revendiqué de la mise en scène, les références appuyées à Hitchcock (en particulier Fenêtre sur cour) et l’absence totale de
nouveauté dans la manière de filmer New-York.
Je
ne sauverai que trois aspects du film ou plutôt j’isolerais cinq scènes du film à mon sens réussies.
Le
premier est une séquence de virée en boîte, absolument en place rythmiquement, comme pourrait l’être une chorégraphie. Sous couvert de festivités, les personnages apparaissent tragiquement
enfermés dans leur problématique individuelle, ballotés par leurs émotions, dans l’incapacité de communiquer réellement. Et l’intérêt de la séquence naît justement du paradoxe entre la réalité
intérieure des personnages et l’excitation, la représentation festive à laquelle ils donnent cours.
Le
second aspect est constitué par l’opposition des deux scènes d’amour du film. Léonard et Sandra, réunis dans l’atmosphère feutrée de la chambre du garçon figurent avec sensibilité l’union,
la douce alliance des corps. Ils fixent d’emblée les termes du contrat : points de transports amoureux ici mais l’assurance de la tendresse, du réconfort, et du sexe hebdomadaire !
Tandis qu’ayant pris de la hauteur sur le toit de l’immeuble parental, Michelle se prête dans le froid de l’hiver à la passion de Léonard. Ici, si l’amour est empêché, il y a de la place – loin
des parents toujours – pour la brûlure du désir.
Pourtant, le meilleur du film est peut-être justement du côté des parents. Isabella Rossellini compose une formidable mère encombrante d’amour. Elle pourrait personnifier l’autorité castratrice,
l’enfermement infantilisant mais deux magnifiques scènes à la fin du film montrent au contraire qu’elle est celle qui autorise la folie amoureuse, celle qui aime en dépit de tout. Un très beau
portrait de mère, sans compromis avec ses faces ridicules et porté par une profonde grâce.
Pour finir, et puisqu’il s’agit aussi de triangulaire amoureuse, je vous conseillerai plutôt l’œuvre prometteuse d’un jeune cinéaste d’origine New-Yorkaise qui a réussi à mettre en images ses
fantasmes avec la légèreté qu’on ne peut avoir qu’à son âge :
Vicky Cristina
Barcelona est encore à l’affiche! Woody Allen y filme l’amour à trois dans un joli décor de brochure touristique. Un savoureux mélange de
sucre et de sel, de croquant et d’amer à déguster en bonne compagnie !
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