Mardi 15 mars 2011
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11 mars 2011- Isère - Suspendue par le câble du téléphérique, elle remonte le flanc droit de la montagne dans une ronde coquille de
verre.
Cette déambulation faussement aérienne
la plonge instantanément dans une humeur précipice.
Transportée dans l’absolue pureté du
ciel bleu, vers la promesse des étendues neigeuses qui gagnent à faire glisser des corps par milliers, elle se sent happée par le décor.
A portée d’yeux palpitent les monstres
rocheux. Leur puissance minérale inspire respect et humilité. Et le silence de l’enclos mouvant invite aux détachements imaginaires, aux migrations rêveuses.
Loin des cimes blanchies accrochant les
touristes, elle pourrait suivre les veines noires de la roche, s’enfoncer dans les tranchées souterraines pour sentir battre le cœur de la pierre, puis passer de l’autre côté. En bas, une route
serpente vers l’Est, remonte vers la frontière, un col alpin fermé l’hiver. L’étranger est derrière - un paese peuplé de veuves noires, pleurant leurs amours perdus, leur malheur
amplifié par l’écho des murailles : « ils sont tous morts…, tous morts…, morts…, mor…, mO…O…OOOO… »
La portée enivrante de la masse rude et
abrupte, le bruit distordu de cette douleur sans fin sont telles, qu’elle est prise de vertige.
Les crocs des à-pics enserrent sa
poitrine, ses jambes vacillent, l’air lui vient à manquer.
La terre tremble à Sendai.
La terre tremble à Sendai et sous ses
yeux, la montagne resserre ses lacets.
Médusée, elle observe le corset
marmoréen qui se referme, en contrebas, sur le village.
Il faudra tenter de fuir par les
hauteurs, par le chemin de la citadelle figée dans son retrait austère, avant que les eaux du torrent délogé de son lit -déchaînées et décuplées - ne viennent coucher les corps.
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